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Chili, Lafite et Solaia, vous m’en direz tant

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Photo: theberlintasting.com

Photo: theberlintasting.com

«Venez revivre le Berlin Tasting», disait l’invitation reçue l’automne dernier.

Il était question d’y boire les plus grands vins d’Eduardo Chadwick, primés lors de cette dégustation que l’icône du vin chilien qualifie de mythique, au Ritz par surcroît, avec des plats sensés mettre le vins en valeur. Sur papier, ça ne se refuse pas.

J’étais tout de même sceptique.

Le Berlin Tasting d’abord. Une belle idée qui donna en 2004 un scénario à la Miracle on ice, ce film qui relate l’improbable victoire olympique américaine au hockey à Lake Placid en 1980. Le marchand/expert/auteur britannique Steven Spurrier a cette année-là décidé de convier les plus grands noms de la presse vineuse européenne à une dégustation opposant à l’aveugle les grands vins de Chadwick et de grands crus bordelais et toscans.

Et comme vous pouvez le deviner comme dans tout bon feel good movie, Viñedo Chadwick 2000 et Seña 2001, autre icône de la dynastie familiale, ont triomphé, laissant à l’Europe une seule place sur le podium, la troisième, pour le Château Lafite-Rothschild 2000. La suite du classement était entremêlée d’autres vins chiliens, et de Sassicaia, Solaia et autres Château Margaux.

Un bon coup pour le vin Chilien n’est-ce pas ?

Un bon coup surtout pour Chadwick et ses vins que l’on connaît surtout par la marque Errazuriz et sa multitude de vins très abordables, eux. Pour les autres chiliens, ceux qu’on boit tous les jours ? Je ne sais trop.

J’en reviens à mon scepticisme.

Je ne sais trop pourquoi mais ces concours, comme le jugement de Paris en 1976, aussi organisé par Spurrier et qui opposait les grands bordelais aux grands californiens, me laissent sur ma faim. Est-ce par le choix des millésimes mis en compétition ? Par la préparation des vins ? Le fait qu’ils récompensent surtout la tonitruance, le muscle, les tannins surpuissants, les taux d’alcool stratosphériques, au détriment de la finesse, du caractère, de la buvabilité. Les vins les plus élégants sont rarement primés dans ce genre d’exercice. C’est un peu au vin ce qu’une compétition de culturisme est au genre humain.

Qui plus est dans le Berlin tasting, les vins chiliens mis à l’honneur ne provenaient que d’une seule maison qui n’est pas représentative de la production du pays.

Photo: theberlintasting.com

Photo: theberlintasting.com

J’aurais aimé voir la tronche ahurie des dégustateurs si en plus des Chadwick à la facture très internationale, on leur avait glissé des bouteilles de païs issu de vignes de 300 ans, ou de grands carignans cultivés sur des vignes sauvages de Maule ?

Toujours est-il que la curiosité l’a emportée, que j’ai mis mon noeud pap et suis allé au Ritz l’esprit ouvert et les papilles prêtes à être anesthésiées par l’explosion de tannins de ces gros cabernets.

Description franche des vins dégustés.

Errazuriz, La Cumbre, Aconcagua 2001, Code SAQ :  11891101, 90,50$ (2008 en stock à la SAQ)

Cépage : syrah 97%, petit verdot

Nez très chargé, boisé, odeurs de tabac, de café, de goudron, de foin, et un brin de mure. Peu de subtilité en perspective. Mais ça s’arrange en bouche, qui présente une certaine élégance et une belle longueur. C’est minéral, les tannins sont fins, on remarque des notes fumées en finale, et encore une fois, le fruit est très discret. On perçoit l’âge déjà vénérable du vin, mais il est encore bien en vie, quoi que je ne l’attendrais pas plus longtemps. Pas subtil, mais pas ennuyant non plus.

Errazuriz, Kai, Aconcagua 2006, Code SAQ :  12051411, 139,75 (2011 en stock à la SAQ)

Cépage : carménère 93%, petit verdot

En une phrase : beaucoup de cassis, d’épices douces et de menthe, mais unidimensionnel, lourd et plat. À ce prix ridicule, je me demande bien qui est le public cible de ce vin.

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Errazuriz, Don Maximiano, Aconcagua 1989

Cépage : cabernet sauvignon

En hommage au patriarche de la maison, Don Maximiano Errazuriz. On pourrait le qualifier de premier super vin de la maison Errazuriz. Après 25 ans, on y sent des notes de chocolat noir très concentré en cacao, de feuilles séchées, de fines herbes. La bouche a encore un peu de fruit à offrir, des notes de champignons et de terre, des tanins soyeux, de la fraicheur, une pointe d’acidité en finale et un petit côté réduit rappelant le vinaigre balsamique de belle qualité. Un vin présentant des notes d’évolution très marquées mais qui est encore très bon. Belle prise, si ça se trouve encore quelque part (on trouve le 2011 en SAQ, voir plus bas), pour qui veut voir ce que les grands chiliens ont dans le ventre. De loin le meilleur vin de la soirée.

Errazuriz, Don Maximiano, Aconcagua 2011, Code SAQ :  11396557, 83,25$

Cépages : cabernet sauvignon 84%, carménère 8%, syrah 5%, petit verdot 3%

«Le Chili a connu la parkerisation de ses vins ces dernières années mais pas nous, on cherche toujours la finesse plus que le muscle», a fait valoir Eduardo Chadwick en présentant ce vin. N’empêche, au fil des ans, la grande cuvée a évolué, est devenue un assemblage de plusieurs cépages, et ce vin présente un nez confituré et de menthol de facture très Nouveau monde. Ça goûte le café, les fruits noirs très murs, les tanins sont d’intensité moyenne et en y réfléchissant bien, très bien, on remarque une (toute petite) pointe de fraicheur. C’est résolument moderne, racoleur, et ça plaira aux amateurs de vins puissants, californiens ou supertoscans, qui ont les poches profondes. Mais pour l’originalité, l’empreinte d’un lieu, on repassera. Ce vin pourrait avoir été fait n’importe où sur la planète.

Sena, Aconcagua, 2000

Cépages : Cépages : cabernet sauvignon (54%), carménère (21%), merlot (16%), petit verdot (pour le 2009)

Ça sent l’étable, le cuir, l’animal, avec une touche sanguine. On rentre de la chasse par un matin pluvieux. Matière immense en bouche, bois, poivron rouge grillé, tanins fermes, forte acidité, fruit difficile à identifier. Ça me semble encore bien fermé. Peut-être s’améliorera-t-il au fil des ans. On trouve les millésimes 2008 et 2009 en SAQ, autour de 100$. 

Sena, Aconcagua, 2011

Cépages : cabernet sauvignon (54%), carménère (21%), merlot (16%), petit verdot (pour le 2009)

J’ai assez peu de chose à en dire si ce n’est que j’avais l’impression de boire de la confiture de bleuets. Mais il est encore bien trop jeune pour être bu. À revoir dans 10 ans. On trouve les millésimes 2008 et 2009 en SAQ, autour de 100$.

photo 1

Vinedo Chadwick, Valle del Maipo 2000

Cépages : cabernet sauvignon (97%), merlot 

Celui qu’on pourrait considérer comme le vaisseau amiral de la maison. Ça sent les fruits des champs confits. Notes de champignons et de terre également. Bel équilibre en bouche entre le fruit, les épices et les fines herbes fraiches, une belle acidité et des tanins qui se font bien sentir mais qui demeurent élégants. Puissant, sans être lourd. Très bon même. Mais encore là, j’aimerais que ce vin me parle de son coin de pays, plutôt que d’essayer de ressembler à un Solaia ou à un Opus One. On trouve les millésimes 2010, 2009 et 2007 en SAQ, entre 160 et 240$. Très cher, mais dans les prix des grands vins qu’il tente de détrôner.

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