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Bio vs éco responsable, ou quand la SAQ décide ce que les consommateurs veulent savoir

IMG_8312Une  mesure en apparence anodine que semble vouloir prendre la SAQ cause depuis quelques semaines de grandes inquiétudes et plusieurs déchirages de chemises, surtout chez les importateurs représentant de petits producteurs de vins bios, ou biodynamiques.

En gros, le monopole travaillerait, rien d’officiel n’a encore été annoncé, sur la création d’un nouveau logo certifiant quels vins sont, selon les fonctionnaires chargés de le mettre au point, éco responsables. À priori, ça ne fait que peu évoluer la connaissance sur le vin, mais ça n’est pas bien méchant. La démarche me rappelle les fameuses pastilles de goût, par sa grossière généralisation.

Mais ce qui fait sursauter les bonzes du bio, c’est que selon les plans initiaux de la Société d’État, on interdirait en plus aux vignerons d’apposer sur leurs étiquettes les logos mondialement reconnus  comme AB (agriculture biologique), Écocert, ou Demeter (qui certifie les vins biodynamiques), pour nommer les principaux.

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Selon des focus groups formés par les penseurs de la SAQ, les clients sont perdus devant ces différentes certifications. Autant les retirer et mettre le logo «Éco responsable selon la SAQ» à la place!

Le problème, c’est que pour obtenir le fameux logo, les vignerons devraient d’abord posséder une certification bio reconnue (ça, ça va), être certifiés équitables (hum…) et embouteiller leurs vins dans des bouteilles allégées de 420 grammes ou moins.

Seulement une vingtaine de produits actuellement présents sur les tablettes de la SAQ se qualifieraient à cette certification made in Québec reconnue nulle part dans le monde.

Mais surtout, les producteurs qui se retrouveraient ainsi certifiés seraient assez peu souvent des petits vignerons travaillant véritablement de façon propre et naturelle, dans un désir de qualité, de typicité et de caractère, mais surtout des grandes maisons produisant des vins quasi-industriels, mais respectant un cahier des charges bio minimal pour des raisons de marketing. Par exemple, la Communauté Européenne a défini il y a plusieurs mois les règes permettant d’arriver à une certification bio en son territoire. Et ça fait plus que grincer des dents les pionniers en la matière qui considèrent cette certification comme laxiste et pas si qualitative qu’ils ne le souhaiteraient.

Bref, on sort Anne Leflaive ou Catherine et Pierre Breton de la section des vins bios pour y accueillir… du Fuzion éco responsable par exemple?

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Voilà qui est un peu démagogique, mais tout de même plausible. Car si on peut bien être d’accord avec le fait d’alléger les bouteilles, ce qui diminue les émissions et les coûts liés à leur transport, ça n’est pas toujours simple avec la bouteille traditionnelle bourguignone ou champenoise, par exemple. Et ça n’est surtout pas ce qui est garant de la qualité du vin.

Car le premier critère faisant d’un vin un produit sain pour son consommateur, ce n’est pas une certification fair trade ou une bouteille allégée dont la diminution du coût de transport profitera plus à la SAQ qu’à vous, mais plutôt la qualité du raisin qui le compose et le travail le plus naturel possible à la cave par le vigneron.

Bref, que la SAQ décide de déterminer avec ces trois critères quels vins sont les plus éco responsables sur le marché et d’apposer son logo sur les bouteilles, soit. Mais qu’elle se décrète supérieure aux organes de certification mondialement reconnus tels Demeter au point de les évincer des étiquettes est proprement prétentieux et contreproductif.

Je crois qu’au contraire, le consommateur en saura encore moins sur le vin qu’il boit. Et si, réellement, le consommateur est perdu devant l’inscription Demeter ou le petit AB, que les conseillers en vin des différentes SAQ parlent au consommateur et lui explique clairement ce que c’est.

C’est leur travail et la plupart y excellent d’ailleurs. Ils adorent partager leur passion avec les clients. Cessons de niveler par le bas.

Voyons voir comment évoluera la pensée du monopole qui rendra sa décision finale dans les mois à venir.

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  1. J’approuve tout à fait. Bien résumé, bien structuré et bien écrit M. Santerre.
    À l’opposé du projet improvisé de notre monopole, ce billet est bien pensé.
    Souhaitons que le bons sens prévaudra.

    Réponse
  2. J’ai tenté d’obtenir le nom des 20 producteurs en question, par le biais de la loi sur l’accès à l’information. On a refusé ma demande, prétextant le secret industriel, car aucun des 20 produits qui répondent à ce jour à la pseudo-certification n’a été avisé de son exploit.
    Je me doute fort, tout comme toi, David, que ces produits sont faits en masse et selon des normes écoresponsables minimales.
    Par contre, selon des sources bien placées, le projet reculerait déjà; en effet, on prévoirait maintenant permettre à tout le monde de conserver la mention de ses certifications obtenues, même à ceux qui ne répondraient pas aux normes établies par la SAQ.
    À suivre de très près en 2014.

    Réponse

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