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La déroute

doumia

Parce que faute de temps, je vous néglige un brin par les temps qui courent, voici une chronique un brin échevelée, constituée de 11 recommandations de vins tous impeccables, sans réel fil conducteur sinon le fait que tous, à leur façon, sortent des sentiers battus. Je les ai regroupés en trois catégories.

Les classiques

Punset, Barbera-d’Alba 2011, Code SAQ :  10985747 , 21,80$

Cépage : barbera

On vous parle de ce petit piémontais bio depuis plusieurs années. Parce que millésime après millésime, c’est un pur régal. Au nez, c’est fruits noirs murs mais pas confits, tarte aux bleuets, épices. Belle continuité en bouche, où je décèle de la mure, du cassis, un petit côté épicé vivifiant. Les tanins sont très soyeux, c’est frais, délicat et riche à la fois. Pas le vin le plus puissant dans cette appellation, mais un coefficient de buvabilité très élevé. Beaucoup de plaisir pour le prix!

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Grand Vin de Reignac, Bordeaux supérieur 2009, Code SAQ :  11451018, 42 $

Cépages : merlot (75%), cabernet sauvignon (25%)

42$ pour un simple rouge de l’Entre-deux-Mers, c’est un peu gonflé, vous direz-vous. D’autres au contraire, auront lu sur les triomphes de ce vin d’origine modeste, qui a ces dernières déclassé les châteaux Lafitte, Ausone, Cheval-Blanc, Haut-Brion et le mythique Pétrus, lors de dégustation à l’aveugle où il était placé comme vin pirate. Ce genre d’information vous aide peut-être à choisir des vins. Quant à moi, cela m’impressionne peu, car c’est à table, et non dans les concours, que le rapport prix/plaisir d’un vin prend tout son sens.

Dans le cas de ce Reignac, force est de constater qu’il a un fort potentiel, mais cette quille de 2009, un grand millésime de garde, même carafée pendant deux heures, n’a pas révélé son plein potentiel. Quand on hume le verre, on s’attend à un vin plus ouvert. Prune, cuir, mine de crayon, tabac. De la menthe, et même très subtilement, du chocolat noir. Aucun boisé tonitruant. Bien. En bouche, c’est plus unidimensionnel. À l’attaque, une courte sensation de chaleur, d’alcool. Puis cela évolue vers des notes de café noir et de fruits, tout doucement. Les tanins sont fermes, l’acidité est présente, le boisé, fin. Trop austère pour être bu maintenant, mais je ne me ferais pas prier pour en placer deux bouteilles en cave et les revisiter dans cinq, dix ans, ou plus.

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Pour être totalement dérouté

Weintgut Peter Jacob Khün, Spätburgunder rosé, Rheingau 2010, 32,50$, caisses de six, importation privée chez Ward & Associés (wardetassocies@gmail.com ou 514-435-3419)

Cépage : pinot noir

Vous avez déjà bu un mousseux allemand? Issu de pinot noir cultivé en biodynamie? Moi non plus. Enfin, jusqu’à celui-ci, de la région Rheingau, sur la rive droite du Rhin, à l’ouest de Francfort. On dit qu’il est rosé, mais sc’est presque un blanc de noir, avec une toute légère touche saumonée. Le nez est très vineux, ça sent définitivement le pinot noir. On décèle un léger fruit rouge en bouche, la texture est onctueuse, et l’effervescence modérée. Un brin brioché, mais ce qui ressort surtout, c’est cette minéralité et cette vinosité qui en font une bulle qui accompagnera bien le repas. Homard, et pourquoi pas même foie gras, pour ce vin hors norme? La même maison produit aussi de très jolis rieslings. Un achat avisé à ce prix, avec la période des fêtes qui n’est pas si loin devant…

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Marc Pesnot, Miss Terre, vin de France 2012, 24,60$, caisses de 12, importation privée chez Glou (martin@glou-mtl.com)

Cépage : melon de Bourgogne

Ce vigneron travaille hors de l’appellation de sa région, Muscadet-Sèvre et Maine. C’est un choix que font de plus en plus de petits vignerons artisans dont la créativité est parfois freinée par les contraignantes règles des appellations d’origine contrôlées. On décide alors de n’inscrire que vin de France sur la bouteille. Le cépage est le même que dans le Muscadet. Le nez est floral, sur les petits fruits blancs. Si la bouche a la fraîcheur et la tension qui caractérisent les vins du coin, il fait montre d’une jolie rondeur. On perçoit de la poire, de la pêche blanche. Un petit gras inattendu, et une finale saline. Très beau vin. Regroupez-vous entre deux ou trois amis, et la caisse ne vous semblera pas trop lourde à acheter.

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Jean-Yves Péron, Côtillon des dames, vin de France 2011, 43,50$, caisses de six, importation privée chez Glou (martin@glou-mtl.com)

Cépages : jacquère (75%) altesse, roussanne

Les amateurs peu familiers avec les vins natures ne devront pas se décourager à la vue de ce liquide couleur miel, trouble et presque opaque. Ce vin, lui aussi produit hors d’appellation, mais en Savoie,  a subi une longue fermentation sur peaux qui l’a fortement coloré, et n’a été ni filtré ni collé. Ce qui n’altère en rien sa qualité. Le vigneron est un artiste qui trime dur sur ses deux minuscules hectares de vigne escarpés près d’Albertville. Le nez de ce blanc est sauvage, de fruit blanc, de fleurs, de miel en crème. Une toute autre dimension en bouche, qui est d’une acidité vive, très minérale, et qui goûte la groseille, le citron et, très subtilement, le kiwi avant qu’il ne soit trop mur. C’est riche, et complètement déroutant. Être dépaysé, jeté par terre, confronté à ma relative ignorance malgré le nombre des quilles sacrifiées au fil des ans, voilà pourquoi j’aime autant le vin. Pour toutes ces émotions, celui-ci vaut bien son prix.

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Domaine Gilles Ballorin et F, Bourgogne blanc «sans peur» 2011, 32,30$, caisses de six, importation privée chez Raisonnance

Cépages : chardonnay, chardonnay musqué, pinot beurrot, pinot gris

Assemblage plutôt hétéroclite dans cette Bourgogne blanche qui produit presque uniquement du chardonnay. Le nez est lacté, fumé, avec des notes florales et de fruits blancs. La bouche est droite, complexe, avec de la pêche blanche, des agrumes, de l’ananas séché, de la salinité et même une subtile touche mielleuse. C’est croquant et frais, riche. Une étonnante découverte.

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Domaine Turner Pageot, La Rupture, vin de France 2011, 34,56$, caisses de six, importation privée chez Raisonnance 

Cépage : sauvignon blanc

Du sauvignon blanc dans le Languedoc. Avouez que vous ne l’avez pas vu venir… Loin de son terroir de prédilection, Emmanuel Pageot et Karen Turner en font une petite merveille qui vous laissera pantois. Parce que d’abord, vous ne devinerez jamais qu’il s’agit de sauvignon blanc. Pas de parfum de pipi de chat ici. Et comme c’est vinifié en grappes entière, avec une macération sur les peaux, le sauvignon prend une couleur presque dorée, et dégage des parfums musqués, de cailloux, de marmelade. En bouche, c’est opulent, gras,  mais frais, très minéral, salin, et l’agrume est plus pur que confit comme le nez le laissait présager. Un vin atypique, tout en contradiction, qui déloge tous nos préjugés sur ce cépage. On boit ça avec du homard ou du flétan.

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Adega Pedralonga/Miguel Alfonso, Do Umia, Rias Baixas 2011, 25,47$, caisse de 12, importation privée chez Symbiose

Cépages : mencia 70%, caino 20%, espadeiro 10%

On connaît l’appellation espagnole Rias Baixas, sur les rives de l’Atlantique au nord de l’Espagne, surtout pour ses blancs d’albarino. Seulement 1% de la production de cette région au climat océanique est dédiée au rouge. Voici un rare représentant de ce 1%, issu de l’agriculture biodynamique. On ne peut savoir à quoi s’attendre quand on en ouvre une bouteille pour la première fois. À l’aveugle, je me serais dirigé vers un cabernet franc de la loire particulièrement réussi. Parfums de cassis, de rose, de poivron vert et de menthe. La bouche demeure dans le même créneau. C’est frais, délicat très épicé et les tanins sont souples. Idéalement, carafer une bonne heure avant de le boire, un petit reste de CO2 se dissipera alors. Très très belle découverte!

Les canons à se procurer dans la prochaine heure sinon il n’en restera plus

Domaine Olivier Pithon, cuvée Laïs, Côtes du Roussillon 2010, Code SAQ :  11925720, 23,10$

Cépages : carignan, grenache, syrah, mourvèdre

Celui-là, je vous en parlais cet été dans un billet passé. Il arrive enfin en SAQ ce vendredi (19 septembre 2013) via l’arrivage Cellier du jour. Sautez-dessus. Voici ce que je disais de lui.

«La cuvée porte le nom de la première vache, Laïs, à paître à travers les vignes d’Olivier Pithon. L’éminent sommelier Pascal Patron disait d’elle qu’elle avait parmi les plus jolis yeux qui soient… Bref, Pithon est de ceux qui croient qu’en plus de cultiver la vigne sans intrant chimique, celle-ci s’épanouit avec harmonie et vigueur lorsque entourée d’une faune et d’une flore bien actives. On ne peut le contester quand on goûte ses jus dont la matière est d’une remarquable pureté. D’abord vinifiés séparément selon le terroir dont ils proviennent, ils sont ensuite assemblés en cuve de béton. Quand on hume ce vin complexe, on trouve de la griotte, mais aussi de la figue, du raisin sec, de la réglisse et des épices. On y goute et la matière est séveuse, riche, pourtant sans lourdeur et aux tanins tout en soie. C’est minéral à fond, et remarquablement équilibré.»

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Domaine Marcel Lapierre, Morgon 2012, Code SAQ :  11305344, 28,05$

Cépage : gamay

Je ne crois plus avoir à m’éterniser pour vous présenter feu Marcel Lapierre, grand vigneron du Beaujolais que plusieurs considèrent comme un des pères du vin natures, des vins de terroir faits que de raisins, sans autre intrant dans la viticulture et la vinification. Ses vins sont la quintessence du vin de plaisir, facile d’approche, et pourtant complexe. Pour celui qui veut s’initier au monde des vins natures, voilà le meilleur vin qui soit. Car il en est un authentique, mais n’est malgré tout pas trop déroutant pour le néophyte méfiant devant certains vins natures d’apparence trouble et aux parfums sauvages contre lesquels ses détracteurs l’auront mis en garde. Marcel Lapierre est décédé d’un cancer il y a quelques années. Son fils Mathieu a brillamment repris les rennes de l’exploitation familiale. Le 2012 récemment arrivé en SAQ part déjà vite vite vite des tablettes du monopole. C’est fidèle au nom du grand Marcel. Nez de petits fruits des champs, mures, framboises, un brin épicé et terreux. La bouche poursuit sur ce thème, du fruit, de la minéralité, de la fraicheur, de la richesse sans chichi. Du plaisir pur quoi. Hâtez-vous !

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R. Lopez de Heredia, Vina Gravonia, Rioja Crianza 2003, Code SAQ :  11667927, 25,95$

Cépage : viura

Impossible d’être plus dérouté par un vin blanc d’Espagne. D’abord, personne ne connaît les blancs de la Rioja. Avouez. Ensuite, qui croit que les blancs de cette région où le tempranillo est roi peuvent avoir l’étoffe de vins de garde ? Cette grande maison mythique y croit, elle. C’est ainsi qu’elle laisse le jus de son viura quatre ans en barriques. Puis près de six en bouteilles, avant de les lancer sur le marché. En résulte un vin déjà évolué, comme sa seule couleur dorée le laisse aisément présager.

Le nez, envoutant, présente des notes d’évolution, de légère oxydation, de champignons, de caramel brûlé, de feuilles d’érable séchées, mais il s’en dégage malgré tout une certaine fraicheur. Bouche volumineuse, mais tendue et fraiche. Noix, poire séchée. Minéral et salin. Long, long, long en bouche. Boire un vin de cette qualité et de cet âge, sans avoir à l’attendre longtemps en cave, et à ce prix, c’est rare. Foncez.

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