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Tastecamp Québec, Estrie et cie…

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La gamme des vins de l’Orpailleur.

Je ne crois plus avoir à longuement vous présenter le Tastecamp, cette petite réunion annuelle de blogueurs vins de la Côte-Est pour qui le slogan n’est définitivement pas «la modération à bien meilleur goût» et qui en était, en mai dernier, à sa cinquième édition. Cela se déroulait pour la première fois au Québec. Dans un premier temps je vous parlais d’une première dans cet événement habituellement dédié au vin: un fabuleux repas d’accords mets et bières. À lire ici. Ensuite, je vous ai parlé de nos visites et découvertes vineuses dans les régions de Lanaudière et de Hemmingford, en Montérégie. C’est ici. Dans le dernier volet de cette trilogie, je vous transporte en Estrie, un des berceaux de la viticulture québécoise où se concentrent encore et toujours une grande partie des producteurs du Québec.

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Les vignes des Pervenches en mai.

Nous y avons visité les domaines de deux pionniers à leur façon, l’Orpailleur, le patriarche de la confrérie des vignerons du Québec. Et le domaine des Pervenches, pionnier en viticulture biodynamique et dans la culture du chardonnay au Québec. Je vous les fait découvrir, ainsi que les autres domaines dont nous avons pu déguster les vins au cours de cette trop courte journée de mai dédiée à cette région. À noter qu’un intrus s’est joint au groupe, soit le Vignoble Sainte-Pétronille, de l’île d’Orléans, qui est venu présenter ses excellents produits lors d’une grande dégustation qui a eu lieu à l’Orpailleur. Notez que plusieurs des vignerons de cette région, et de tout le Québec d’ailleurs, participent en ce long weekend et le prochain, à la Fête des vendanges de Magog/Orford. Une belle occasion d’aller les visiter, et goûter leurs produits. Les Pervenches

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Les vignes des Pervenches et la tour à vent, pour protéger la vigne des gelées printanières.

Michael Marler et Véronique Hupin sont parmi les meilleurs vignerons au Québec. Leur petit domaine de Farnham est certifié biodynamique. Ils sont de ceux qui maîtrisent le mieux les cépages vitis vinifera et qui ont le mieux compris la notion de terroir. Ils ont lu et appris comme tout le monde, mais n’hésitent pas à déroger du tout au tout aux concepts établis en matière de viticulture. Ce sont des instinctifs, en symbiose avec leur vigne comme s’ils arrivaient à lui parler et l’écouter. Ainsi, ils n’hésiteront pas à se compliquer la vie et buter une parcelle pour l’hiver, si cela lui réussit mieux, et couvriront de toile géotextile la voisine qui s’y plait mieux. Ils adopteront plusieurs types de taille. À la cave, ils font une chose que peu de vignerons du Québec font pour rendre leurs rouges plus aimables, leur faire perdre ces tanins parfois verts et cette acidité qui déplait de nos vins parfois issus de raisins pas suffisamment murs: une macération carbonique. Résultat, des rouges plus souples, plus en fruit, plus croquants et délicats. Et tant pis pour les amateurs de colosses puissants, lourds et sucrés. Pour eux, il y aura toujours le Ménage à trois. Leurs vins ne sont peu ou pas souffrés.

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Michael Marler est un instinctif qui a appris plus au contact de la vigne que celui des livres.

Les Marler-Hupin sont aussi propriétaires d’une petite mine d’or, soit une parcelle de chardonnay vieille de 22 ans (à l’échelle québécoise, on pourrait presque indiquer vieilles vignes sur l’étiquette!) sur un sol d’argile, de limon et de galets. Lors du Tastecamp, Michael nous a proposé un chouette exercice, soit celui de déguster le chardonnay 2012, encore dans les barriques, de cette vieille parcelle, nommée «le couchant», et d’une plus jeune de sept ans, «les rosiers». Une barrique de chaque parcelle était de chêne neuf, et cinq autres de bois ayant déjà vu passer quelques vins. Ces dernières transmettent donc beaucoup moins de saveurs boisées, toastées et vanillées au vin. Évidemment, la dégustation des deux barriques neuves, quoi qu’intéressantes parce que démontrant ce que le bois neuf peut faire au vin, nous a montré des vins grossiers et caricaturaux, surboisés. Quoique parfois dans le Nouveau-monde, on trouve ça ainsi dans la bouteille… Enfin, au final, l’assemblage de ces barriques avec les vieilles qui préservent, elles, la finesse et le fruit de ce beau chardonnay donnera des vins équilibrés, complexes, au boisé délicat. Ces deux chardonnays viennent d’ailleurs tout juste d’être embouteillés. «Les rosiers» seront la cuvée de plaisir et de fruit. Délicat, aux arômes de fruits blancs comme la pêche et la poire, de fleurs, axé sur la fraicheur, le plaisir. «Le couchant» est beaucoup plus complexe, minéral, salin, sur les agrumes. Un vin de gastronomie, et peut-être de moyenne garde. Du pur plaisir. Et à 25 et 32 $ respectivement, on ne les achète pas parce que c’est pas mal pour des vins du Québec, mais parce que c’est divinement bon, point. En vente au domaine, et ça part vite, c’est donc le temps de vous jeter dessus! Les pervenches produisent aussi une petite cuvée tout en fruit blanc, en fleurs, en légèreté, assemblage de chardonnay et de seyval.

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Michael et la bande du Tastecamp dans le chai.

En rouge, passons rapidement sur le Solinou, fait de frontenac en macération carbonique, un vin de plaisir, de fruit, à petit prix, mais en rupture de stock. Autre produit digne de mention, la cuvée Montmollin, du maréchal Foch vinifié le plus naturellement du monde. C’est étonnant, et pour 18$ la bouteille, c’est un très joli vin de soif. Michael nous a finalement fait goûter un truc purement confidentiel. Un pinot noir, avec un peu de zweigelt  (un cépage autrichien), des vignes de seulement trois ans. Il n’est pas prêt à le mettre en vente. Mais avec ses arômes d’orange confite, de chocolat noir épicé et de poivre, sa bouche fraiche et acidulée, c’est résolument à surveiller dans les années à venir. L’Orpailleur Ce domaine a-t-il encore besoin de présentation? C’est probablement le plus connu et le plus ancien parmi ceux encore en activité au Québec. Son maître Charles-Henri de Coussergues buche depuis longtemps sur ces terres de Dunham, dans un coin tempéré du Québec, mais ça reste le Québec. Depuis le début des années 1980, il en a essayé, des choses. S’est planté quelques fois. Et il en a tiré des leçons. Des leçons dont il fait profiter la plupart des domaines émergents du Québec, afin qu’ils s’évitent des embûches. On peut dire qu’il a fait des erreurs pour le bénéfice de tous. Mais tout cela lui a aussi permis de faire de belles choses car au fil du temps, il a compris comment mettre son terroir en valeur.

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Excellentes bulles de l’Orpailleur

Son Orpailleur brut, un mousseux de seyval et un peu de vidal élaboré selon la méthode traditionnelle champenoise, est étonnant. De plus en plus, on entend dire que le Québec a un potentiel pour les bulles. Parce que les blancs présentent souvent une belle acidité, entre autres. Celui-là, sans réinventer les bulles, est savoureux,  un brin brioché, un brin fumé, un brin fruité (poire, citron), bien équilibré, pas trop dosé.  Pour 25$ environ, au domaine et aux marchés Jean-Talon et du Vieux-port de Québec. Quelques participants du Tastecamp ont d’ailleurs pu démontrer leurs talents de sabreurs avec ces bouteilles.

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Julien «samourai» Marchand

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Caroline «l’arroseuse» Décoste

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Lesley «smoking gun» Trites

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«Smoking gun», voici pourquoi!

Le simple blanc d’entrée de gamme, assemblage de seyval et vidal, est aussi très chouette. De jolies notes florales et de fruits blancs, c’est frais, juteux, aérien, très agréable à boire. Même chose pour le rosé, que je n’avais pas goûté depuis longtemps, et que j’ai redécouvert. Un beau fruit rouge acidulé, un très bel équilibre entre l’acidité et le fruit, fraise et canneberge. Pas bonbon du tout. Il faut aussi goûter la part des anges, une mystelle faite de jus de seyval assemblé avec de l’eau de vie et laissée dans des dame-jeanne (grosses cruches en verre) pendant six ans dehors, sans qu’on y touche pendant tout ce temps. Notes de noix, de caramel brûlé, de torréfaction. Pour le dessert ou le digestif. Charles-Henri de Coussergues nous a aussi fait visiter une parcelle sur laquelle il teste plusieurs cépages vinifera, surtout blancs. À suivre dans les prochaines années… Tous les produits sont disponibles au domaine, ou en SAQ.

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Charles-Henri de Coussergues

L’Orpailleur s’est doté cette année d’une superbe salle de réception dominant le vignoble, et d’un restaurant de très bon niveau, le Tire-Bouchon. Parfait pour vos réunions ou réceptions. Nous y avons été divinement reçus. Val Caudalies

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Une jolie gamme, peu étendue, mais où tout est bien fait.

Un des mes coups de coeur. Sur la route entre Dunham et Frelighsburg. Trois jeunes hommes exploitent depuis quelques années un superbe domaine planté de pommiers et de vigne au pied du mont Pinnacle. Ici, on ne cherche pas à mettre en vente une gamme de nombreux produits, blanc sec et demi-sec, rosé, trois cuvées de rouge, vin de glace et fortifié. Non, on sait ce que donne cette terre, et on se limite à ce qu’on réussi, et non ce qui est populaire. Certains concurrents devraient prendre des notes ici. Ce domaine ne présente donc aucun vin rouge. Un excellent rosé est à l’affiche, toutefois, fait de chambourcin, de Chaunac, maréchal Foch et Lucy Kuhlman. Très sec, vif, herbacé, au fruit subtil, vineux, presque tannique, c’est du sérieux. Le blanc, fait de vidal, est floral, sent bon la pêche blanche. En bouche, c’est frais, citronné, salin, rehaussé par une acidité presque vive. On produit aussi un vin de vendange tardive, et non de glace, c’est à dire qu’il est fait de raisins cueillis en surmaturité, tard en automne, mais pas gelés. C’est opulent, riche, confit, mais plus frais et digeste qu’un vin de glace. Excellente gamme de cidres également, disponible, elle, en SAQ. Chapeau! Côte d’Ardoise Un autre des plus anciens domaines du Québec. Son plus grand intérêt est aussi probablement son plus méconnu. Soit une parcelle de riesling vieille de 20 ans, une rareté au Québec. Je n’ai pas goûté le 2012 qui vient d’être lancé sur le marché, mais le 2011 était un joli vin, facile d’approche, aux notes de fruits blancs, pêche et poire, de fleurs, affichant une belle fraicheur, mais une acidité modérée. Pour 19$, une aubaine, mais ça part vite. Je ne suis habituellement pas un amateur de vins demi-secs, mais le Monarc de ce domaine est une belle réussite.  Assemblage vidal et seyval. Ça goute la pêche dans le sirop, l’ananas confit, les abricots, la papaye et le miel. Avec tout de même une belle fraicheur. Agréable à l’apéro pour ceux qui sont allergiques aux blancs minéraux à l’acidité mordante. La gamme de rouge est correcte, l’un d’eux est disponible en SAQ. Le vin de glace Givré d’Ardoise est un modèle d’équilibre et de fraicheur. La plupart des produits sont disponibles au domaine et au Marché des saveurs du Québec, au marché Jean-Talon. Vignoble Sainte-Pétronille

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De très jolis blancs de l’île d’Orléans.

Ici aussi, le riesling est la vedette de la gamme. Mais il s’exprime de manière tout à fait opposée au précédent. Il faut dire qu’entre l’île d’Orléans et Dunham, il y a tout une différence de climat et de sol. Les vignes sont aussi plus jeunes, âgées de quatre ans, si je ne me trompe, sur le millésime 2012. Un riesling droit et tendu, minéral, salin, un brin citronné, à l’acidité tranchante. Comme je les aime, pour accompagner des huitres ou pour laisser à la cave quelques années. Le Voile de la mariée, un blanc de vandal cliche et vidal, dévoile un bouquet de pivoines, entre autres. En bouche, c’est fringuant, croquant, au fruité subtil, simple, mais plein de plaisir. Remarquable réussite également, la cuvée vendange tardive de vandal cliche et vidal, aux arômes de compote de pomme épicée, où la fraicheur et l’acidité font contrepoids au sucre. Je préfère souvent ce type de vin aux vins de glace trop lourds, car plus concentrés en raison de la récolte encore plus tardive des raisins. En vente au domaine, et certains vins en SAQ. En terminant, ce fut un petit bonheur lors du dîner précédant cette dégustation qui a eu lieu à l’Orpailleur, de discuter avec le fils des vignerons de Sainte-Pétronille, Louis Denault et Nathalie Lane. Encore ado, il m’a parlé avec passion du dur travail de la vigne, la taille, la vendange. La reprise de l’entreprise, un jour, l’intéresse. Ce serait banal dans certaines régions de France ou d’Italie. Mais au Québec, non, étant donné l’âge de l’industrie. Serait-ce le début d’un semblant tradition viticole familiale au Québec? À suivre… Vignoble Gagliano Quoi qu’on pense de cet ancien ministre libéral, son aventure viticole n’est pas qu’un simple dada de retraité bénéficiant d’un parachute doré. Sa démarche est sérieuse et ses vins, tout autant. J’aime particulièrement ce qu’on y fait avec le cépage frontenac, en gris (bulles et blanc tranquille) et noir. Sa cuvée de Frontenac noir, avec ses tanins serrés, ses notes de framboises et d’épices, est un rouge de moyenne garde, un des rouges les plus sérieux du Québec. Son frontenac gris, et ses parfums exubérants de pêche, d’abricot, de vanille et de noix de coco, est aussi digne de mention. Plusieurs vins de l’ancien ministre se trouvent en SAQ. Union Libre Je vous ai déjà parlé de ce jeune domaine à surveiller, installé en face de l’Orpailleur. Deux couples ont repris un joli verger où se produisait déjà un type de cidre unique, qu’ils ont perfectionné, soit le cidre de feu. Contrairement au cidre de glace où la concentration en saveur et en sucre de la pomme se fait par l’effet du froid sur le fruit, ici, on procède par la réduction du jus de pommes cueillies en automne, à date normale, dans une espèce de cuve réchauffée par le feu, une installation ressemblant à celle d’une cabane à sucre. En résulte un nectar onctueux, aux notes de pommes cuites, de cannelle, de cardamome, mais aussi un petit côté torréfié, malté, fumé, du plus bel effet après le passage en vieilles barriques de bourbon. L’appellation cidre de feu a d’ailleurs été récemment reconnue par les autorités québécoises, une belle récompense pour eux. On y produit aussi de très bons cidres de glace, mais ce qui me titille le plus, c’est le fait qu’ils ont planté, il y a trois ans, une bonne quantité de vignes de chardonnay, pinot gris et riesling. Étant donné la façon dont travaillent ces jeunes, j’ai TRÈS hâte de gouter ça dans quelques années, et de vous en reparler. Plusieurs produits disponibles au domaine, et quelques uns en SAQ, dont le cidre apéritif, qui est en fait le cidre de feu, mais embouteillé avant que l’appellation soit autorisée. Domaine les Brome

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Au domaine les Brome aussi, les plus belles réussites sont blanches.

Le domaine de Léon Courville, qui domine une pente douce qui descend vers le lac Brome, est un des plus constants du Québec. En blanc surtout. Depuis le millésime 2010, on y produit des cuvées de chardonnay et de pinot noir de très jolie facture. En 2010, le pinot noir avait été assemblé au maréchal fosh, il serait cependant seul dans la bouteille de 2011, que je n’ai pas encore goutée. Le chardonnay 2010 était remarquable, gras, onctueux, beurré, aux notes d’ananas, de caramel brûlé. Pour les amateurs de chardonnays riches et complexes plus que tendus et minéraux. En blanc, le vidal 2012 est une très belle entrée en matière pour un prix plutôt aimable. Frais, gourmand, c’est de l’abricot et de la poire, tout en délicatesse. Élevé en cuves d’inox, je le préfère de loin au vidal réserve, passé en barriques, ce qui toaste inutilement ce cépage très aromatique et légèrement sucré, au point de le rendre lourd et de lui faire perdre son originalité. Le riesling est aussi intéressant, mais la plus étonnante découverte, c’est le Saint-Pépin. Léon Courville, un amateur de grand Bourgogne, dit de lui qu’on pourrait l’échapper dans une dégustation de Meursault et mystifier les dégustateurs. Je n’ai pas tenté l’expérience, je trouve ça un peu tiré par les cheveux, mais force est de constater que ce vin est d’une surprenante stature. Nez de noix de coco et de fruits blancs. Qu’on retrouve en bouche et auxquels s’ajoutent du beurre, des noisettes et une subtile minéralité. Très équilibré, complexe et élégant. Les vins de glace de la maison sont aussi parmi les plus riches. Tous les vins disponibles au domaine, et même en SAQ.

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