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Vin de France, Vin de Table, détruisons un mythe

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Les vins de Nicolas Vauthier et leurs étiquettes qui ont indisposé la SAQ.

Il faut à un vigneron beaucoup de conviction pour effacer le nom Bourgogne sur les étiquettes de ses bouteilles et le remplacer par «Vin de France». Ce qu’on appelait il y a quelques années encore «Vin de table».

Si vous inscrivez «Vin de France» dans votre moteur de recherche sur Internet, on vous indiquera qu’il s’agit du niveau inférieur du vin français, après l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) et l’Indication géographique protégée (qui a remplacé les vins de pays).

En gros, des vins qui souvent, sont produits soit hors des appellations, soit de manière ne correspondant pas au cahier des charges des autres appellations.

Bref, vous direz-vous, des vins de moindre qualité. Pourquoi donc un vigneron passerait volontairement d’une AOC comme Bourgogne, reconnue mondialement et à la réputation de qualité irréprochable, pour aller vendre ses vins dans une catégorie de troisième ordre?

«Un jour, les administrateurs de l’AOC m’ont dit que mes vins étaient impropres à la consommation, parce qu’ils affichaient une différence de goût qui pourrait choquer les consommateurs car ce n’est pas le goût qu’ils attendent d’un Bourgogne», explique Nicolas Vauthier, propriétaire de Vini Viti Vinci à Avallon, dans le département bourguignon de l’Yonne, et que j’ai eu la chance de rencontrer récemment à Montréal.

Son domaine fait dans le micro-négoce, c’est à dire qu’il achète son raisin plutôt que de le cultiver sur ses terres. Il achète de petits viticulteurs soigneusement sélectionnés dont il supervise le travail.

Cela a choqué cet ancien caviste de Troyes, en Champagne, dont la boutique, les Crieurs de vin, est une des bonnes adresses françaises pour les amateurs de vins issus d’agriculture bio, biodynamique et nature.

«Comment peut-on prétendre que le public s’attend à un type de goût, et aucun autre», s’est-il dit.

Et hop, c’est ainsi qu’à partir du millésime 2011, il a décidé de se retirer de l’AOC et sa lourdeur administrative, et d’apposer la mention Vin de France sur ses bouteilles. Après tout, les amateurs de ses vins sauraient eux, que dans la bouteille, se trouvent toujours les mêmes vins.

Pour la petite histoire, Vauthier n’en était pas à ses premiers démêlés avec l’administration : ici au Québec, la SAQ avait refusé de garantir ses vins, pour la simple et bonne raison que ses étiquettes, sur lesquelles ont voit de drôles de personnages burlesques peu vêtus, pourraient choquer les clients et causer des retours de bouteilles. Son importateur, Glou, a décidé de prendre le risque de les garantir lui-même. Et il n’a jamais eu de retour de bouteille en raison de ces rigolotes étiquettes!

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Nicolas Vauthier

Vauthier est loin d’être le seul en France à avoir pris cette décision drastique. Parmi les plus notables, le domaine Prieuré-Roch, d’Henri-Frédéric Roch, associé-gérant du mythique Domaine de la Romanée-Conti, a déclassé son vin blanc pour le placer dans la famille du Vin de France. Et ce chardonnay de Bourgogne qui n’en porte pas le nom n’en est pas moins un vin d’une prestance remarquable. Singulier mais remarquable.

Il faut comprendre qu’au delà de préjugés provenant du passé, le Vin de France, ou Vin de table, n’est pas forcément un petit vin de mauvaise qualité fait de raisins cueillis ça et là un peu partout en France.

De plus en plus de vignerons de très grand talent produisent des vins de très haut niveau sous cette désignation. Parce qu’ils innovent, parce qu’ils travaillent différemment, parce qu’ils en ont un peu assez de la lourdeur administrative des AOC qui leur impose un cadre de travail plus moins rigide selon l’appellation dont il s’agit.

Il ne faut donc pas hésiter à se procurer une bouteille de Vin de France. Mais comme l’appellation est un peu fourretout, il reste que mieux vaut connaître le producteur avant de dépenser.

Voici donc quelques suggestions du côté de Vauthier, et aussi d’un autre producteur, du Beaujolais celui-là, Guy Breton, dont les vins sont bien inscrits dans leur AOC mais qui n’en demeure pas moins un original qui ne fait rien comme les autres!

Il s’agit dans les deux cas de vins disponibles en importation privée, à l’agence Glou, que vous pouvez contacter ici.

Vini Viti Vinci, l’Aligoté 2011, 25,90 $

Cépage : aligoté

Vin issu d’aligoté de la région de Saint-Bris, d’une richesse que l’on trouve rarement dans les vins issus de ce cépage. C’est salin, minéral, citronné. C’est tendu, mais pas mince. Un très bel Aligoté.

Vini Viti Vinci, l’Adroit 2011, 27,75 $

Cépage : pinot noir

Anciennement, il portait l’appellation Bourgogne. Il est issu de pinot noir du tonnerrois. Un beau fruit très mur, joufflu, gourmand, avec une pointe de balsamique, une légère minéralité, et une acidité peu prononcée. Un vin charmeur et accessible dont il est étonnant de constater, malgré ses notes très mures, qu’il affiche un très faible taux d’alcool, 11%. On aime!

Vini Viti Vinci, Les Rouqins 2011, 28,30$

Cépage : pinot noir

Ce pinot est un brin plus austère, ses tanins sont plus serrés. On est sur des arômes de sous-bois, et de fruits noirs acidulés. C’est épicé et herbacé, minéral. Très bon, mais plus sérieux. «Il faudra l’attendre celui-là», explique Nicolas Vauthier.

Guy Breton, alias Ptit Max, a récemment présenté ses vins à Montréal.

Guy Breton, alias Ptit Max, a récemment présenté ses vins à Montréal.

Guy Breton, Morgon 2010, 26,45$

Cépage : gamay

Ce vigneron travaille de façon très naturelle et produit sur ses deux minuscules hectares des Morgon et Régnié d’une grande pureté. Le nez de ce morgon est sur la cerise, le poivre, et on y décèle un petit côté animal. Il en va de même en bouche, qui est tendue, aux tannins délicats. Ce vin est élevé en cuves de béton, ce qui en préserve la fraîcheur. Un vin de soif de haut niveau!

Guy Breton, Ptit Max, Morgon 2011, 36,05 $

Cépage : gamay

Ptit Max, c’est le surnom de Breton dans le Beaujo, tout comme à son père, qui s’appelait Maxime. Bref, c’est ainsi qu’il a nommé sa cuvée issue de très vieilles vignes dont certaines ont jusqu’à 115 ans. Le vin est ensuite élevé un an en barriques, des barriques qui ont déjà vu quelques vins. Jamais neuves, car elles parfument trop. «J’achète des barriques au Domaine de la Romanée Conti. Disons que ça n’a pas été trop mal aviné», rigole le vigneron. Il en résulte un Morgon d’une richesse et d’un volume étonnants, sans que cela ne cède le pas à la finesse. On a ici un vin sur les fruits noirs bien murs, les épices, au boisé très fin, et à la minéralité intense que lui confèrent ses vieilles racines se nourrissant au plus profond du sol où elles poussent. Les tanins sont élégants, et ce vin déjà très bon pourra vieillir quelques années sans problème.

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