Flux RSS

Détour vineux en Virginie, en route vers les plages…

Publié le
Linden vinyards, dans le Blue Ridge, sous la brume...

Linden vinyards, dans le Blue Ridge, sous la brume…

J’aurais dû vous écrire ce billet il y a plusieurs mois. L’été dernier en fait puisque je vous avais promis une suite à un premier billet sur une virée vineuse dans l’état américain de Virginie, tout juste au sud de la capitale Washington.

Surtout qu’en fin de compte, mon premier billet ne vous parlait même pas d’un de mes plus grands coups de cœur dans ce coin de pays, Linden Vineyards.

Je m’étais rendu là-bas en tant que participant au désormais traditionnel Tastecamp, rendez-vous de blogueurs vins de l’est du continent nord-américain qui se déroule chaque année dans une région viticole de cette même grande région. Et cette année d’ailleurs, pour la cinquième édition, le Tastecamp aura lieu au Québec en mai. Je vous en reparlerai…

Je ne vous répèterai pas de long en large ce que j’ai pensé de la Virginie, je vous invite pour cela à relire ce texte publié en juin dernier.

En gros, la Virginie viticole ressemble au Québec viticole. Aussi jeune, aussi peu empreinte de tradition, aussi effervescente, dont les qualités sont aussi ironiquement parfois des défauts.

Je m’explique. Dans une nouvelle région viticole, les vignerons plantent de tout et tentent tout. Sur un même sol et climat, ils planteront une multitude de cépages dont certains n’ont pourtant aucune aptitude à pousser en pareil lieu. Le pinot noir côtoiera le merlot et le viognier, qui n’ont pourtant pas les mêmes terres de prédilection.

Mais pas grave, il faut bien tout essayer pour découvrir son identité.

Mais cela fait aussi que plusieurs vins quelconques sont embouteillés. Les vignerons soucieux de rentabiliser leur gros investissement initial commercialiseront de trop nombreuses cuvées, dont certaines terniront leur nom. Hélas.

Mais une fois le tri fait, il se fait de très très beaux vins au sud de la Maison blanche.

Il faut dire qu’il y a une différence majeure entre la Virginie et le Québec, c’est le climat, beaucoup plus favorable là-bas. On peut donc y travailler avec des cépages mieux connus, mieux maîtrisés, que les hybrides que l’on trouve habituellement ici, en raison de leur aptitude à résister au froid.

Si vous êtes en train de planifier vos vacances estivales et envisagez d’aller vous prélasser sur les plages du sud-est américain, il serait une très bonne idée de prévoir un petit arrêt de deux ou trois jours dans les terres de Virginie pour partir à la découverte de ces vins plutôt difficiles à trouver chez nous (un seul disponible en SAQ à l’occasion, de la maison Boxwood ), ce n’est qu’un petit détour sur votre route vers le soleil!

Quelques coups de cœur en Virginie

Linden Vineyards

Linden Vineyards

Linden Vineyards, Linden

C’est dans les premiers replis du Blue Ridge, un peu plus loin dans les terres que les autres domaines visités dans cet état, que je suis tombé sur un des plus beaux domaines de Virginie. Jim Law, le propriétaire, se fiche des modes, préfère les vins fins, frais, pas trop puissants et ne commet pas certaines des erreurs des nouveaux vignerons pressés d’embouteiller tout ce qu’ils ramassent dans le vignoble pour ne pas perdre un sou. Même quand le vin est ordinaire. «J’avais planté ici de la carménère, mais après quelques années, j’ai dû me rendre à l’évidence, il n’était pas à sa place. Je vais l’arracher et personne n’y aura jamais goûté. Ça m’a coûté des sous, mais pas mon nom», a raconté le vigneron lors d’une marche dans le vignoble par une fraîche matinée pluvieuse du début de mai dernier. C’était sur sa parcelle, baptisée Hardscrabble, d’où la vue sur les vallons embrumés est superbe. Car Jim produit des cuvées parcellaires. L’autre parcelle, située tout près, c’est Avenius, du nom de sa propriétaire Sheri Avenius, la directrice de la viticulture chez Linden.

Jim Law, un des plus talentueux vignerons de Virginie.

Jim Law, un des plus talentueux vignerons de Virginie.

Les vins de Jim Law se sont tous avérés dignes d’un travail mature, du petit rosé à base de merlot aux assemblages bordelais. C’est le seul endroit visité en Virginie où la perception de le minéralité, ce côté caillouteux, terroir, s’est faite si intense.

Du côté des blancs surtout. Le sauvignon blanc Avenius est vif, tout en fraicheur, avec un petit côté fumé et une agréable salinité. Les chardonnays Avenius et Hardscrabble possèdent chacun leur personnalité. Le premier plutôt sur la fraicheur, les fruits tropicaux, la tension. Le second plus gras, floral et minéral, avec un petit côté beurré.

L’assemblage bordelais fait de cabernets sauvignon et franc, petit verdot et merlot est fait de fruits noirs acidulés, avec des notes de tabac et de torréfaction, mais une fraicheur et une acidité qui maintiennent l’équilibre.

Un arrêt incontournable sur votre route des vins de Virginie!

Les blancs de Linden.

Les blancs de Linden.

Ankida Ridge Vineyards, Amherst

Un petit et jeune domaine, lui aussi juché en montagne à 1800 pieds d’altitude dans le Blue Ridge, et qui profite de sa situation plus fraiche pour produire des cépages bourguignons, chardonnay et pinot noir. Je dois dire que c’est le seul domaine parmi ceux visités qui nous a présenté un bon pinot, les autres provenant de terres trop chaudes, trop fertiles, dans la plaine. On applique dans ce domaine quelques principes de la biodynamie, dont on tente de s’approcher le plus possible, avec encore une certaine crainte de ne pas y arriver. La région est humide et propice à certaines maladies de la vigne, comme la pourriture noire, qu’on préfère encore traiter de façon traditionnelle.

Le chardonnay y était très bon, en fraîcheur, avec des notes d’amandes et légèrement vanillé. Le pinot noir 2010 était de facture très classique, fruit rouge, arômes de sous-bois et de terre humide. Une belle structure tannique, un fruit mur, un bon pinot du Nouveau-monde quoi !

Ankida Ridge, le meilleur pinot que j'aie pu goûter en Virginie.

Ankida Ridge, le meilleur pinot que j’aie pu goûter en Virginie.

Stinson vineyards, Crozet

Un tout petit domaine plein de promesses où je me suis régalé d’un sauvignon blanc qui sent le plant de tomates à la bouche fraiche, croquante et minérale. Un original rosé de mourvèdre riche et gourmand rappelant ceux de Bandol.

Tarara Winery, Leesburg

Un assez grand domaine des plus intéressants, qui produit de nombreuses cuvées, dont un étonnant petit manseng, un cépage blanc que l’on trouve surtout dans le sud-ouest de la France, où il fait partie des assemblages du Jurançon.

Mais les coups de cœur furent du côté des rouges. D’abord la cuvée Leap XII 2010, composée de mourvèdre à 50%, de grenache et de syrah avec ses notes de marc de café, de fruits noirs, d’épices et de tapenade.

Puis, une démonstration du potentiel de garde de certains vins bien nés de Virginie, avec un cabernet sauvignon 1992, fané certes, mais encore très agréable. La vigne ne devait pas être bien vieille lors de cette vendange. Mais le vin a remarquablement traversé le temps. Couleur tuilée, un nez de crème brûlée, et de balsamique. Encore un brin de fruit en bouche, et une acidité encore perceptible. Étonnant.

Un cabernet 1992 chez Tarara. Il a de l'âge, ça paraît, mais il demeure en très bonne forme malgré ses 20 ans. Intéressant de voir comment des vins d'une si jeune région peuvent traverser le temps.

Un cabernet 1992 chez Tarara. Il a de l’âge, ça paraît, mais il demeure en très bonne forme malgré ses 20 ans. Intéressant de voir comment des vins d’une si jeune région peuvent traverser le temps.

Zephaniah Farm Vineyard, Leesburg

Je vous parle de ce petit domaine familial parce qu’il est le seul domaine parmi les nombreux qui s’y sont risqués à avoir réussi à me faire apprécier le cépage hybride assez populaire là-bas, le chambourcin, qui donne souvent des vins d’un fruité qui rappelle presque le bonbon, sans grande structure et un peu minces. Le Barrel Reserve 2010 goûtait bon les olives, le fruit noir mur, avec des tanins souples, mais existants (ce qui est plus que tous les autres), des notes épicées. Très bon, facile à boire, frais. Si vous trouvez ça sur les tablettes d’un marchand de vin pendant vos vacances en Virginie, essayez-le, ça vaut le coup!

Breaux Vineyards, Purcellville

Ce grand domaine produit beaucoup de cuvées, peut-être trop, et gagnerait à se concentrer sur ses belles réalisations, comme son merlot Reserve, dont nous avons eu la chance de goûter le 2002, au nez de tabac, de fruits noir, de réglisse et de poivron grillé, et à la bouche massive, mais néanmoins équilibrée. Un colosse qui gagnera à vieillir. Du côté des blancs, un viognier de facture très élégante, et un étourdissant assemblage de chardonnay, viognier, sauvignon blanc, sémillon et muscat, entre autres, le Jennifer’s Jambalaya, aux notes florales, de fruits exotiques comme l’ananas et la mangue, et doté d’une belle fraicheur.

Breaux, un domaine somptueux, mais qui gagnerait à se recentrer sur ce qu'il fait de mieux, plutôt qu'à tenter de tout faire.

Breaux, un domaine somptueux, mais qui gagnerait à se recentrer sur ce qu’il fait de mieux, plutôt qu’à tenter de tout faire.

On y mise aussi beaucoup sur le cépage roi du Piémont italien, le nebbiolo. Nous y avons eu droit à une verticale de 2001, 2002, 2005 et 2007, certains millésimes nous ayant subtilement laissé entrevoir quelques belles choses, mais dont les notes boisées nous ont laissés pantois. Certains de ses vins ont passé cinq ans en barriques alors que les raisins ne possédaient de toute évidence pas la charpente pour supporter tout ce bois qui au final, a pris le dessus. Des collègues blogueurs américains se sont bien moqués de nous, les quatre blogueurs québécois, en nous traitant de «Biiiiiip de canadiens au palais délicats» (en utilisant un qualificatif intraduisible et mal à propos ici !). Mais la délégation francophone persiste et signe, on a beau aimer les vins charnus et tanniques, ceux-là manquaient d’équilibre et la maison gagnerait à laisser s’émanciper son nebbiolo, à lui laisser prendre la place devant le bois. Breaux produit aussi, et ça c’est plutôt chouette et original, un vin de glace de nebbiolo !

Une des originalités de Breaux, le nebbiolo de glace.

Une des originalités de Breaux, le nebbiolo de glace.

 

Publicités

Une réponse "

  1. Très intéressant de votre info concernant ce vin disponible à la SAQ. Merci!RM

    ________________________________

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :