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Trouvailles et préjugés démontés à la Grande dégustation

Les vins de Gianni Gagliardo

J’ai passé quelques heures à la Grande dégustation de Montréal jeudi après-midi. Pour ceux d’entre vous qui y iront d’ici la fermeture samedi soir, je vous livre ici quelques coups de cœur. Comme je vous le mentionnais ici dans un précédent billet, ce salon, par opposition au salon des vins d’importations privées organisé par le RASPIPAV la semaine précédente, est de beaucoup plus grande envergure. Ainsi, les producteurs qui y sont présents le sont aussi. Même si ce n’est pas là que vous dénicherez un petit producteur original travaillant artisanalement des cépages inconnus sur son minuscule lopin de terre d’une région méconnue, il y a de très très jolies découvertes à faire. Et c’est surtout l’occasion parfois de revoir certains domaines que nous oublions tant nous croyons les connaître et, à force de discuter avec les gens qui y font les vins, de les redécouvrir sous un autre angle.

La Grande dégustation vous permet de déguster des produits disponibles en SAQ, mais aussi des vins d’importation privée et que vous pouvez acheter à l’unité lors du salon. Une procédure qu’on aimerait voir être permise au salon du RASPIPAV.

Voici donc une courte liste de coups de cœur, ainsi que les endroits où il est possible de se les procurer si vous ne passez pas par le salon.

Le Marchesine, Lombardie, Italie, disponible chez Excalibur 

Cette maison lombarde produit de très élégants effervescents, essentiellement dans l’appellation Franciacorta. Une jolie entrée en matière avec l’Opera à 31 $, un assemblage de pinot noir et blanc, ainsi que de chardonnay. Frais, fruité, pimpant et festif, c’est l’apéro par excellence. Mais mon coup de cœur va au brut rosé 2007. Assemblage chardonnay et pinot noir d’une jolie couleur pelure d’oignon, il est issu d’une fermentation sur peaux et avec levures indigènes. Le nez est floral, mais aussi marqué par le pinot noir et donc, des arômes de fruits rouges et même de sous-bois. En bouche, c’est vineux, presque très légèrement tannique, et d’une belle matière fruitée et élégante. Pour l’apéro ou pour des plats délicats. Il se détaille 44 $, ce qui le place dans la même fourchette de prix que les champagnes les moins dispendieux sur notre marché. Il se mesure à eux à armes égales.

Le Franciacorta rosé 2007 de Le Marchesine

Campolargo, Bairrada, Portugal, disponible chez Alain Bélanger

Des bulles portugaises, pourquoi pas? On en boit si peu et cet Espumante bruto rosé issu de pinot noir est un vrai délice. De couleur légèrement saumonnée, il est porteur d’arômes de pâtisserie, de biscuits petit-beurre, mais aussi de fruits rouges. Le pinot quoi! La bouche est vineuse, délicatement fruitée, pas trop sèche, d’une belle rondeur. 31,60$. Campolargo produit aussi un déroutant pinot noir, vinifié en rouge.

Clos Henri, Marlborough, Nouvelle-Zélande, disponible chez le Marchand de vin

Clos Henri, c’est le nom de la propriété néo-zélandaise de la famille Bourgeois, du domaine Henri-Bourgeois, que l’on connaît surtout en Loire pour ses Sancerre et Pouilly-Fumé remarquablement élégants. Installé à Marlborough, au nord de l’île du sud, il produit là-bas ce qu’il connaît le mieux, pinot noir et sauvignon blanc, comme à Sancerre! Son sauvignon blanc Bel Echo, la gamme intermédiaire, m’a beaucoup plu justement parce qu’il s’éloigne des caricatures de ce cépage qu’on trouve trop en Nouvelle-Zélande et le Nouveau-monde en général. Exit le parfum d’asperge ou de pipi de chat, bienvenue la matière et l’élégance. Ainsi ce sauvignon blanc qui se détaille 24,20$ (un prix mérité) sent bon les fruits exotiques, tout en retenue. En bouche, c’est frais, avec des saveurs de pomme verte, de melon, très minéral avec un volume et une matière étonnants. À déguster de la même gamme, un très beau pinot noir, et évidemment, tous les vins français de la famille!

Terras gauda, Rias Baixas, Espagne, disponible chez le Marchand de vin

On connaît chez nous ce domaine qui nous propose en SAQ un excellent albarino  de l’appellation Rias Baixas, en Galice, dans l’extrême nord-ouest de l’Espagne. Vif, frais, citronné, et à la fois charnu, il reste un de mes blancs ibériques favoris. Mais j’ai goûté pour la première fois le grand vin de la maison, La Mar, au salon. Le cépage dominant est le caino blanco, avec une infime touche d’albarino et de loureira. Le nez est sur les fruit et fleurs tropicaux, et sur la salinité, aussi. La bouche est exotique et inattendue en cette région. Les saveurs rappellent quelque peu les meilleurs muscats, tout en maintenant une acidité et une salinité (en finale) marquées. On est sur l’ananas, l’abricot, la fraise tagada. Long en bouche, gras, et déroutant. À 40,25 $, il n’est pas donné, mais pour ceux qui aiment à placer quelques iconoclastes dans leur cave, voilà une belle trouvaille.

Pittacum, Bierzo, Espagne, disponible chez le Marchand de vin

Dans le même ordre d’idée que le précédant, celui de garnir votre cave de quelques surprises, en voici une autre de la même région. Pittacum, dont on trouve la cuvée d’entrée de gamme, en appellation Bierzo, en SAQ. La cuvée La Prohibicion 2008 a plutôt été déclassée dans l’appellation générique Vino de la tierra de Castille y Leon. Pourquoi? Parce que dans le Bierzo, on ne permet pas l’utilisation du cépage garnacha tintorera. Vieilli 24 mois en fut de chêne et de la couleur de l’encre, on s’attendrait à déguster un colosse lourd, épais. Eh non. Le nez est certes sur le bois, le chocolat et la torréfaction, mais la bouche est fraiche. Puissante mais aux tanins sans agressivité, d’un beau fruit noir épicé. Un vin de gastronomie, au prix de 43,25$.

 

Château Mont-Redon, Châteauneuf-du-Pape, France, disponible chez Charton Hobbs

Le Château Mont-Redon nous offre un très joli Châteauneuf rouge en succursale mais mon cour de cœur demeure le blanc 2011, disponible en importation privée pour 38,75$, ce qui demeure très correct pour un Châteauneuf de cette qualité. Un bel assemblage de grenache, clairette, bourboulenc, roussane et picpoul élevés en cuve d’inox. Ce qui confère à ce vin une matière charnue, mais à la fois très fraiche. Très minéral, d’un fruité délicat, très long en bouche, voilà un des meilleurs blancs de cette appellation selon moi. Mon deuxième coup de cœur est disponible, aussi en privé, mais à prix doux. Le Côtes du Rhône 2011 rouge de la maison est fait de grenache (80%) et de syrah. Un autre Mont-Redon qui ne voit pas la barrique de chêne pendant son élevage. Et on aime! C’est plein de fruits rouges, gouleyant, épicé, aux tanins soyeux et tout en fraîcheur. À 19,25 $, c’est la trouvaille du salon dans cette appellation.

Château la Gardine, Châteauneuf-du-Pape, France, disponible chez Univins

Restons à Châteauneuf avec cette observation. Il y a de ces grands domaines, que l’on croit connaître depuis toujours, et que l’on finit pas ne plus voir sur les tablettes de notre marchand de vin d’État car on le juge trop classique, trop peu surprenant. On croit être passé à autre chose. Et peut-être, parfois, a-t-on tort. C’est ce que je me suis dit en redécouvrant la gamme des vins de la Gardine, et surtout la cuvée de Châteauneuf Peur bleue 2009. Cette cuvée sans souffre a été ainsi nommée car quand Patrick Brunel a commencé à la produire, il a eu une peur bleue de rater, cette façon de travailler étant toujours délicate. Mais il a réussi. Et Peur bleue, offerte en privé à 43 $, un prix correct, offre un nez épicé, délicat, qui annonce de la fraîcheur. En bouche, les tanins sont bien marqués, mais tout s’équilibre vu le fruité délicat, figues et olives notamment, les épices, la minéralité et la belle fraîcheur de ce vin. Un Châteauneuf aimable et charmeur en jeunesse. Ça ne court pas les rues. Patrick Brunel ne s’en cache pas. Il hésite à basculer vers une agriculture bio ou biodynamique. Il considère, vu la taille de son domaine (54 hectares), que ne pas traiter ses vignes minimalement comme il le fait l’obligerait à passer dans ses vignes tellement plus de temps, avec un tracteur notamment, que l’effet sur l’environnement ne serait pas amélioré. C’est un point de vue. Qui pourrait être contesté par les apôtres de la pensée inverse. Cela dit c’est un point de vue de plus dans cet immense et parfois acrimonieux débat. C’est parfois à tort que l’on croit que les grandes maisons ne peuvent que faire du volume et donc des vins à la personnalité reléguée en second plan. La Gardine en est la preuve.

Peur bleue, le Châteauneuf sans souffre de La Gardine

El Enemigo, Mendoza 2009, Argentine, Code SAQ : 11814739, 25 $

Celui-ci est disponible en SAQ. Intéressant malbec accompagné d’un brin de petit verdot. Bien boisé certes, mais au fruit noir, prune et mure, bien épicé et frais. Les tannins sont puissants. Équilibré et charmeur. Un bon vin pour la bavette de bœuf saignante, ou le roastbeef ! Importé par Trialto.

Malivoire, Niagara, Ontario, disponible en SAQ et chez Anthentic vins et spiritueux 

Malivoire est un des domaines les plus constants d’Ontario. On trouve en SAQ deux très beaux produits de Malivoire, soit un gamay  de soif, fruité, délicat, très poivré. Et pour 21,80$, c’est une belle affaire. À l’autre bout du spectre, on peut trouver un importation privée le grand chardonnay de la maison qui illustre à quel point les vignerons de Niagara, dans la région fraîcheur qu’on appelle le Bench, ont fait du progrès. Si le nez de ce chardonnay nous dirige résolument vers le nouveau monde par son côté beurré, légèrement vanillé, le bouche nous envoie ailleurs, et c’est tant mieux ! Le vin est droit, vif, très minéral, marqué par quelques arômes de fruits exotiques, ananas, mangue, et de beurre. Mais il est tout sauf lourd et exagérément boisé. Un belle acidité le rend des plus digestes. Un grand chardonnay qui n’a pas être complexé devant les grands. Mais il n’est hélas pas donné, à 46,26$. Il les vaut, si on le compare à certains vins du même prix qui sont moins bon. Mais pas facile de convaincre le consommateur de se diriger vers un vin canadien quand il décide d’investir autant dans un vin.

Gianni Galiardo, Piémont, Italie, disponible chez Alain Bélanger 

Je garde mon favori pour la fin. Ce n’est pas un mais des vins de Gianni Gagliardo qui m’ont séduits. Ce domaine du Piémont en Italie m’a surpris avec un blanc issu du cépage favorita (nom local du vermentino) tout en subtilité, salin, vif, doté d’une belle acidité. Un vin pour les huitres, original à 23 $. Classé vin de table. En rouge, le Langhe nebbiolo 2010 sent bon le cassis, et est tout en fraîcheur, en fruit et en épices. Le Barolo 2007 éponyme, l’«entrée de gamme» de cette mythique appellation à 48,35$, a un nez de balsamique, de figue, d’épices, et de torréfaction. La bouche est puissante mais élégante, sur un beau fruit noir, des épices comme la cardamome et un côté terreux, minéral. Un Barolo jeune mais déjà bon. Au sommet de l’échelle, le Preve 2006 a un nez de prune et de tabac, d’épices comme le cari et de pruneau séché. En bouche, il est d’un volume et d’une longueur stupéfiants, très soyeux et d’un boisé encore perceptible mais qui s’estompera au fil des années de garde, car ce grand seigneur pourra passer un bon moment encore dans votre cave. Prix prohibitif, 140,97$, mais exceptionnel. Et si ça peut vous réconforter, il est distribué en caisse de trois plutôt que de six ou 12 !

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Une réponse "

  1. Bon retour d’expérience sur la grande dégustation de Montréal

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