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Du mourvèdre 2012 à la poste

Une grappe de mourvèdre trouvée dans un colis… Elle fermentait presque déjà dans la boite, mais au centre, quelques baies bien poivrées, très comestibles!

Dernière semaine de septembre. Un petit mémo collé sur la porte indiquant qu’une compagnie de messagerie avait tenté de me livrer un colis en mon absence.

Curieux, je me rends au grand entrepôt de celle-ci dans l’est montréalais pour récupérer la caisse. Que pouvait-elle bien contenir? Je n’avais rien commandé! La casquette de fiston, oubliée chez un ami en France cet été? Non, la boîte était trop petite.

En l’ouvrant, en y sentant une odeur de fruit surmuri, presque piquante, j’ai eu ce flash.

Au début de l’été, lors d’un petit salon de vins du Rhône, j’ai rencontré une sympathique vignerone dont le domaine familial, près d’Orange, est un de mes préférés de la région. Un domaine qui nous montre que le travail bien fait, propre, en biodynamie, peut produire des vins de caractère et très typés même en volume considérable (elle cultive tout de même 60 hectares de vigne), et sur des parcelles pas toutes bénies des dieux.

Appelons la Claudine (je préfère ne pas l’identifier, question de m’assurer qu’on ne lui cause jamais de problème en raison de ce qui suit!) m’avait parlé avec enthousiasme des quelques hectares de mourvèdre qui, malgré sa petite proportion dans ses assemblages, apporte structure et épices de façon marquée.

«Notre mourvèdre, quand on le croque au moment de la vendange, il pique la gorge tant il est épicé», me disait-elle.

Et moi de lui admettre mon ignorance. J’ai goûté bien des cépages avant la cueillette qui les transforme en vin, mais jamais de mourvèdre.

«Donnez moi votre adresse, je vais vous envoyer une grappe lors de la vendange», m’a-t-elle spontanément lancé.

«Je ne crois pas que ce soit possible… La police de la bouffe au Canada ne se démarque pas par son ouverture d’esprit», que je lui ai répondu.

«On va essayer quand même», a-t-elle confirmé.

Et là, en ce jour frisquet de septembre, j’avais cette fameuse grappe devant moi. Claudine n’avait pas oublié!

J’ai hésité avant de vous en parler. Je ne voulais pas alerter par mon blogue la police agricole, et me retrouver l’objet d’une enquête anti-terrorisme alimentaire!

Mais après quelques coups de fil à Ottawa, on me confirme. Non, je n’irai pas en prison! Mais le colis aurait dû être détruit à la douane, et ni Claudine ni moi n’en aurions jamais entendu parler. Mais il a glissé dans les mailles du filet.

Bien.

Hélas, la grappe, reçue une semaine après sa cueillette, n’était plus en très bon état. Probablement entreposée quelques jours dans un endroit chaud. À première vue, les raisins s’étaient flétris. On aurait presque dit qu’ils avaient commencé à fermenter! Mais en fouillant, j’ai trouvé quelques baies au centre, presque intactes! Et en effet, ce petit raisin bleu à la peau très épaisse était bien sucré, bien confit, mais cette peau coriace, celle qui confère au mourvèdre ses puissants tannins, elle piquait, tant elle était poivrée!

Tout ce long préambule pour vous parler du mourvèdre. On vous présente souvent des dégustations thématiques, sur le pinot noir, le cabernet sauvignon, la syrah, le chardonnay… Rarement vous parle-t-on de mourvèdre, considéré comme plus roturier que les précédents. Et pourtant…

D’origine espagnole, où il se nomme toujours monastrell, c’est un cépage que l’on trouve surtout dans des assemblages, dans les régions chaudes du sud de la France, en Espagne, et même en Australie. Tannique, peu acide, très épicé, il apporte structure aux vins, donne parfois un peu de pep à des grenaches un peu lourds et sucrés, par exemple. On le trouve parfois seul, ou en forte majorité dans un assemblage, comme à Bandol, en Provence. Il donne des vins de qualité, et de longue garde. Il peut parfois paraître austère en jeunesse, mais il devient plus aimable et souple avec le temps. Même s’il est costaud dans le verre, il est délicat sur la vigne, peu productif, et demande beaucoup de vigilance pendant la fermentation.

Je vous propose ici quatre très beaux vins, de différentes gammes, ayant pour caractéristique commune d’être concoctés à base de mourvèdre, en tout ou en partie.

D’Arenberg, The Stump Jump, McLaren Vale 2010, Code SAQ : 10748418, 16,95$

Cépages : grenache, shiraz, mourvèdre

Ce grand producteur d’Australie cultive surtout des cépages rhodaniens et réussit, malgré un volume de production importants, à produire des cuvées qui détonnent dans la masse australienne. Cet assemblage donne au nez un vin aux notes de fruits noirs murs, un brin herbacé, mentholé. Des arômes typés qui à l’aveugle, nous dirigeraient tout droit en Australie. Mais la bouche est plus élégante que ce que le nez annonce. Ce n’est pas très complexe, mais d’un fruité gourmand et agréable, sans lourdeur, et il fait montre d’une belle fraîcheur. Les tanins sont plutôt souples. Un bon compagnon pour les pizzas aux saucissons piquants ! Dans cette gamme de prix, on peut difficilement trouver mieux en Australie. Disponible à peu près dans toutes les succursales de la SAQ.

Note : 7,5/10

Montirius, Terre des Aînés,  Gigondas 2007, Code SAQ : 10678309, 26,60$

Cépages : grenache (80%), mourvèdre (20%)

J’ai rarement goûté une cuvée d’Éric et Christine Saurel qui m’ait déplu. Ce couple vigneron du Rhône adepte de la biodynamie produit des cuvées parcellaires, même sur des lopins considérés par d’autres vignerons comme ingrats, des vins typés, joviaux, pleins de caractère. Ce gigondas 2007 ne fait pas exception. Joufflu, opulent, certes, mais en même temps élégant et frais. Il dégage des arômes de fruits noirs, de figue confite, d’herbes de la garrigue, de tapenade. En bouche, on y ajoutera des touches de café noir, de poivre, et une minéralité marquée. Long en bouche, des tanins d’intensité moyenne, complexe et équilibré. Parmi les vins de cette appellation, il se situe dans le groupe des moins chers, malgré son prix, qui est tout à fait justifié. Pour accompagner un bon pot au feu automnal.

Note : 8/10

Terre Rouge, Sierra Foothills, Californie 2009, Code SAQ : 00921601, 27,90$

Cépage : mourvèdre

Un peu comme D’Arenberg, précédemment mentionnée, le fait en Australie, Terre Rouge produit en Californie des vins issus de cépage du Rhône. Mourvèdre, syrah, roussanne et viognier, entre autre. Avec me semble-t-il plus de finesse et de délicatesse que sa vis-à-vis d’hémisphère sud. Ce mourvèdre au nez, aussi étrange cela puisse-t-il paraître, m’a rappelé certains bourgognes puissants avec ses arômes de sous-bois, de fleurs séchées, et de cerises noires. Il sent aussi le tabac et ce petit parfum animal, de chair de gibier frais, qui pour je ne sais quelle raison, me plait beaucoup. La bouche est massive, très épicée, marquée par les fruits noirs, minéale et affiche une belle fraîcheur qui rend ce costaud très digeste. Les tannins sont fermes, mais pas agressifs. Le cliché s’applique parfaitement ici : une main de fer dans un gant de velours. Pour accompagner une ratatouille bien relevée d’herbes provencales !

Note : 8/10

Domaine du Gros Noré, Bandol 2003, Code SAQ : 11553938 , 36,75 $

Cépages : mourvèdre (80%), grenache (15%), cinsault

Bandol, c’est la terre où le mourvèdre est roi en France. Quand on pense à Bandol rouge, on pense à des vins de longue garde, souvent peu séduisants dans leur jeunesse, et gagnant en élégance et en charme avec les années. Celui-ci, du millésime 2007, est donc encore très jeune. Un nez de moka, de fruits noirs murs comme le bleuet. Il sent exactement les grains de mourvèdre trop murs reçus par la poste (voir plus haut !). La bouche est chaude. On y détecte du fruit et de l’olive noirs, des épices comme le poivre et le clou de girofle, le marc de café. Il est massif et ses tanins serrés encore juvéniles. On y décèle tout de même une élégance qui s’affirmera avec le temps. Un vin pour accompagner une viande relevée, orignal ou bison par exemple.

Note : 8/10

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