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2012, bon? Moyen? Historique? Et autres vinosités.

La gamme du domaine Les Brome, dont le nouveau Pinot noir-Foch 2010.

Un peu partout dans l’hémisphère nord vinicole, c’est la saison des vendanges.

Côté européen, la vendange semble provoquer des espoirs mitigés. 2012 s’est faite en dents de scie un peu partout sur le vieux continent. Les vignerons qui connaissent le mieux leurs parcelles, et qui travaillent le mieux réussiront néanmoins à faire de bons vins. Il y a de nos jours de moins en moins de mauvais millésimes.

C’est tout l’inverse chez nous au Québec. L’été a été chaud, sec, même en septembre, ce que la vigne aime. Les vignerons sont enthousiastes, parlent même du meilleur millésime de la jeune histoire du vin québécois. J’ai même lu des articles où des vignerons parlaient d’une année de grand cru. Voilà où mon enthousiasme se modère.

Car si l’été est prometteur, il ne faut pas tomber dans l’enflure verbale qui caractérise, par exemple, les Bordelais qui, chaque quatre ou cinq ans, décrètent avant même la fin des premières fermentations qu’on a là le millésime du siècle. C’est bon pour les prix, mais on se rend parfois compte quelques années plus tard, une fois le vin mature, qu’il est bon, sans plus.

J’ai beaucoup d’admiration pour les vignerons du Québec. Ils ne l’ont pas facile. Mais ils persistent et signent, s’améliorent. Produisent des vins meilleurs chaque année, et certains commencent à sortir des sentiers battus et innover. Certains se risquent même du côté de l’agriculture bio. Mais d’autres ne comprennent toujours pas certaines règles de base. On ne peut pas, par exemple, avec quelques hectares de vigne, quand on débute en plus, produire deux cuvées de rosé, un mousseux, deux blancs et quatre rouges, en plus d’un vin doux ou deux et un vin fortifié. Cela fait trop d’expertises à acquérir en peu de temps. À tirer dans tous les sens, certains ratent parfois la cible, même si leur récolte a du potentiel. Il est préférable d’offrir une gamme de produits plus modeste, mais bien maîtrisée. C’est un non-sens de voir plus de rouges être produits que de blancs et mousseux qui sont, sauf exception, généralement plus réussis. Question de climat, de sols, d’adaptation des cépages. Mais le rouge, ça se vend plus facilement aux Québécois…

Enfin, tout ça pour dire que si 2012 s’annonce bien chez nous, seul le temps nous dira, dans quelques années, si on peut parler de «grand cru»! Il en dépendra de l’expérience et du talent des vignerons, dans leur conduite de la vigne, leur choix du moment de la récolte et dans leur façon de travailler à la cave.

Enfin, j’ai hâte de les goûter dans un an ou deux, ces fameux 2012!

En attendant, voici quelques suggestions de vins dégustés ces dernières semaines, en commençant, justement, par deux vins d’un domaine québécois parmi les plus réguliers.

Domaine les Brome (Léon Courville), Pinot noir-Foch 2010, 24 $

Cépages : pinot noir (65%), maréchal Foch (35%)

Je vous ai déjà parlé ici de ce qui était à ma connaissance le premier pinot noir québécois, celui du Domaine Carone, à Lanoraie. En voici donc un deuxième, en provenance de Lac Brome, en Estrie. Le pinot noir est un des cépages les plus délicats. Imaginez donc comment réussir à le mener à maturité au Québec est un exploit! Comme Carone, les Brome a choisi d’assembler son pinot issu de jeunes vignes à un cépage rustique bien maîtrisé sous nos cieux pour lui apporter couleur et structure, soit le maréchal Foch (Carone utilise le cabernet severny). Le pinot est élevé en barriques. Il n’a pas forcément l’étoffe des meilleurs de cette gamme de prix, mais demeure d’une rare élégance pour un rouge du Québec. Fruits rouges, pétale de rose, herbes fraiches et parfums de sous-bois au nez, la bouche elle voit s’ajouter des notes balsamiques mais une acidité peut-être un peu trop vive. Mais tout de même, une belle réussite que l’on se doit de découvrir, et qui donne envie de suivre l’évolution du pinot des Brome dans les millésimes à venir. J’ai hâte, d’ailleurs, de déguster le premier pinot québécois qui sera seul dans la bouteille, et non assemblé!

Pour se procurer celui-ci, il faut se rendre au domaine ou commander via son site Web.

Note : 7/10

Domaine les Brome (Léon Courville), Chardonnay 2010

Cépage : chardonnay

Encore ici, je crois que nous avons droit à un deuxième québécois issu de ce cépage bourguignon. Le premier étant le Domaine des Pervenches. Comme le pinot du même domaine, ce 2010 est le premier millésime des Brome. Son style diffère de celui des Pervenches, plus tendu, minéral. Celui-ci est plus exubérant. Au nez, on détecte de la mangue, des poires dans le sirop, du beurre, du miel, et un brin de vanille. La bouche est opulente et grasse. Le fruit mur est bien présent, un petit côté boisé aussi, résultat d’un passage de 14 mois en barriques. Mais c’est un boisé bien dosé. Une très belle réussite, qui plaira aux amateurs de chardonnays du Nouveau-monde. Vu la petite quantité produite, il ne devrait être disponible que dans les restaurants. Si vous le voyez sur une carte des vins, ne vous gênez pas, essayez le!

Note : 7,5/10

Banfi, Centine, Bianco Toscana i.g.t 2010, Code SAQ : 11573904, 17,20 $

Cépages : sauvignon blanc, pinot grigio, chardonnay

Propriété de la famille Mariani, des italo-américains retournés travailler la terre dans leur pays il y a trois générations, Banfi est devenu un des géants de Toscane. Ce petit blanc sans prétention dégage au nez des arômes de fruits blancs un brin sucrés, poires, melons, caramboles, et des notes florales.

La bouche s’en tient à ce registre. Le melon miel ressort, accompagné de notes végétales, herbacées. Doté d’une agréable fraicheur, et d’une finale étonnamment longue.

Pour la cuisine thaï, les salades sucrées-salées ou l’apéro.

Note 7,5/10

Domaine Cauhapé, Sève d’Automne Jurançon sec 2009, Code SAQ : 10257504, 26,20 $

Cépages : gros manseng, petit manseng

Arborant une robe d’un riche doré, ce jurançon sec a un nez de doux ! Fleurs, abricots, raisins de Corinthe, amandes grillées et crème brûlée ! La bouche, tout aussi complexe, est en revanche dotée d’une surprenante acidité qui équilibre le tout. C’est ample, c’est gras, doucement vanillé, légèrement boisé. Juste ce qu’il faut. Complexe, long, équilibré. J’ai peu de mot pour le décrire si ce n’est que de vous suggérer de courir en acheter un bouteille, et de la boire sur une blanquette de veau !

Note 8/10

Mt. Difficulty, Target Gully Central Otago 2010, Code SAQ : 11334778, 25 $

Cépage : riesling

Dans le sud de l’île du sud, Central Otago est la région donnant à mon avis les vins les plus élégants de Nouvelle-Zélande. Du beau pinot noir, riesling et pinot gris, surtout. Ce riesling dégage des arômes de pomme verte, de fleurs et un léger côté pétrolé, une caractéristique du cépage. En bouche, on est sur la poire, le melon miel, une légère sucrosité mais tout de même une certaine acidité qui fait balancer le tout. Un riesling pas très complexe, mais croquant et gourmand. Peut-être quelques dollars de trop. Encore une fois, je le recommande sur une cuisine asiatique aigre douce relevée.

Note : 7,5/10

Henry Marionnet, Vinifera, Touraine 2011, 23,95 (importation privée) chez LBV International 

Cépage: 2011

Important producteur de la Loire, Henry Marionnet est reconnu pour ses expériences avec des vignes plantées de plein pied, et non greffées sur des porte-greffes. À la fin du 19ème siècle, le phylloxera décime le vignoble européen. La solution qui fut trouvée pour sauver la vigne, planter en sol européen des pieds de vigne américains résistants à l’insecte et y greffer les cépages ancestraux, les vitis vinifera. C’est la norme depuis. Quelques domaines plantent des vignes franches de pied, mais c’est rare. Sauf au Chili, seul pays à ne jamais avoir connu le phylloxera. Chez Marionnet, on a tenté de planter des vignes de gamay franches de pied il y a quelques années. En résulte ce vin. Est-il différent des vins issus de vignes sur porte-greffes ? Il est en tout cas plus dense et épais que les autres gamay de Touraine de la maison.  Le nez est de fruits noirs confits, floral, et même de… cornichons marinés, m’a-t-il semblé ! La bouche est charnue pour un gamay. On est sur la prune, le marc de café, les épices. Les tanins sont souples. Bref, un gamay gourmand et complexe, pour les viandes rouges délicates et apprêtées dans leur plus simple appareil et les charcuteries relevées.

Petite primeur : il en reste quelques caisses disponibles en importation privée, mais 100 caisses feront leur entrée en SAQ d’ici quelques semaines. À surveiller !

Note : 8/10

Pago de Cirsus de Inaki Nunez,  Navarra 2009, Code SAQ : 11222901, 16,55 $

Cépage : tempranillo, merlot, syrah

Ce domaine de Navarre appartient à Inaki Nunez, un producteur de cinéma bien connu en Espagne. Son vin sent le fruit noir bien mur, la feuille de bananier et le cuir. La bouche est chaleureuse, avec son fruit très mur, prunes et cerises en tête. Il est gourmand et charmeur, je l’aurais aimé doté d’un brin plus de fraicheur, mais pour le prix, il plaira aux amateurs de bons vins joufflus pour accompagner vos dernières grillades sur le BBQ avant le temps froid.

Note : 7/10 

Caliterra, Malbec Tributo Single Vineyard, vallée de Colchagua, Chili, 2010, Code SAQ : 11675652, 19,45$

Cépage : malbec

Voilà le genre de vin qui me laisse souvent de marbre lorsque je le vois sur une tablette de SAQ. Préjugé ? Erreur de jugement ? Peut-être. Ces vins de producteurs gigantesques, dans le cas présent issu d’un partenariat entre Eduardo Chadwick (Errazuriz) et la californien Robert Mondavi. Si ma méfiance était de bon aloi, voici une des exceptions qui le confirmerait. Ce malbec, un cépage qu’on trouve généralement en Argentine et à Cahors, en France, est cette fois issu de la vallée de Colchagua au Chili. Au nez, c’est cassis et chocolat noir. Aucune lourdeur dans ce fruit bien présent. Ça s’annonce bien. En bouche, ces parfums reviennent, et s’y ajoutent le poivron rouge grillé et de subtiles notes boisées. Les tannins sont serrés, mais non agressifs. Il y a de la fraicheur, le vin est digeste. Une belle trouvaille dans un pays où l’on déplore parfois une certaine standardisation des vins. Chapeau !

Note : 8/10

Craggy Range, Te Muna, Martinborough 2010, Nouvelle-Zélande, Code SAQ : 10383682, 38$

Cépage : pinot noir

La Nouvelle-Zélande produits de très beaux pinots noirs, surtout dans la région fraîche du sud, Central Otago. Mais à Martinborough, aussi dans l’île du sud, mais au nord, certains y vont de belles réussites. Leur défaut, ils sont souvent un peu trop chers. Celui-ci possède un nez délicat de petits fruits rouges acidulés, floral, de sous-bois. La bouche est toute aussi élégante, complexe, en fruits, épicée avec des tanins souples, une belle fraicheur et une intense minéralité. Il fait plus bourguignon que nouveau-monde.

Note : 8/10

La gamme des Brunello de Banfi.

Castello Banfi, Brunello di Montalcino 2007, Code SAQ : 10268596, 59,75 $

Cépage : sangiovese

Ce brunello «d’entrée de gamme» de chez Banfi est encore tout jeune. Dégusté après le superbe 2004, plus mature et élégant, il nous est apparu un peu austère. Redégusté seul, sans l’ombrage de son prédécesseur, il a semblé plus sur de lui. Le nez est sur les fruits noirs, les olives, la mine de crayon et les roses séchées. La bouche est tonitruante, avec de solides tannins, un fruit présent mais encore discret qui rappelle les prunes et la figue, des notes très épicées, fumées, et un boisé bien intégré qui s’adoucira avec le temps passé dans la cave. Bon, mais il est encore jeune. Pour en profiter à son meilleur, attendez-le quelques années encore. Et si vous voulez découvrir ce grand vin sans vous ruiner, il est aussi disponible en demi-bouteilles!

Note : 8/10

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Une réponse "

  1. Excellent article. Merci!

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