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Un milliardaire, ses vins, un Mouton Rothschild, Éminem et les «icon wines» du Chili (Ou la fabuleuse histoire d’un homme à qui personne ne peut mettre de bâtons dans les roues)

Une partie (seulement) du domaine Vik!

Imaginez la scène. Déboucher un Mouton Rothschild, comme ça, sur un coup de tête, sur une terrasse au sommet d’une montagne du Chili, pendant qu’un tube d’Eminem déchire le silence de cet endroit reclus, le tout en compagnie d’un milliardaire norvégien excentrique et hyperactif. Délire ? Rêve ?  Frime ?

Cet instant déroutant a pourtant bel et bien eu lieu en novembre dernier, lors d’une tournée au Chili. Avec les confères québécois Frédéric Fortin, Hélène Dion et Jessica Harnois, nous avons fait un arrêt dans la vallée de Millahue, sous-région de la vallée de Colchagua, pour y visiter ce projet viticole parmi les plus ambitieux du monde.

Vik est le rêve d’Alex Vik. Un new-yorkais originaire de Norvège qui s’est fait milliardaire dans les industries du logiciel, de l’hôtellerie et de l’immobilier notamment. Un excentrique qui dépense des millions dans les arts, qui a déjà failli périr dans une avalanche mortelle lors d’un voyage en héli-ski dans l’ouest Canadien. Il produit déjà de la vodka dans son pays, sous le nom Christiania.

Le genre de type qui a déjà eu le temps de faire une heure de vélo de montagne dans ses vignes et de présider par vidéoconférence une réunion avec le CA d’une de ses nombreuses entreprises au moment où il s’assied avec vous, frais rasé, en complet, pour prendre le petit-déjeuner.

Pour les amateurs de James Bond, il me fait penser à l’hyperactif magnat du diamant Gustav Graves, dans Die Another Day. En moins machiavélique, évidemment. Quoi que…

Revenons au vin !

Dans la panoplie de choses qu’Alex ne possédait pas encore, il y avait un vignoble.

Il y a quelques années, il s’est adjoint les services de prestigieux consultants, dont Patrick Valette, ancien patron du Château Pavie, rien de moins, à Saint-Émilion. Son père en était jadis propriétaire.

Patrick Valette est natif du Chili. Il s’y était réinstallé quelques années plus tôt avec sa progéniture nombreuse.

Le but, trouver le meilleur terroir susceptible de produire un grand vin en Amérique-du-Sud.

Alex ne voulait pas produire une gamme commençant par un aimable petit merlot, puis d’un assemblage plus musclé et tout et tout. Non, Alex voulait d’emblée jouer dans la cour des premiers grands crus de Bordeaux.

Il a donc au terme de sa recherche jeté son dévolu sur une jolie propriété. Dans la vallée de Millahue. Enfin, il a littéralement acheté la vallée de Millahue. 4325 hectares. Évidemment, tout cela ne sera pas planté. Parmi ces hectares, il y a un grand lac, des sommets rocheux.

Un autre petit bout de chez Vik, à Millahue…

300 hectares sont déjà plantés de vignes de cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, carménère et syrah. Des vignes très jeunes, plantées sur des parcelles aux sols divers éparpillées un peu partout dans cet immense domaine.

Outre quelques français chevronnés, le «winemaker» en chef du domaine est un local. Cristian Vallejo a un flair et une connaissance de ses parcelles de vigne, et un jugement qui n’a rien à envier aux français de l’équipe.

Un chai est en construction pour remplacer celui, temporaire, qui a permis la création des premiers vins de Vik. Le milliardaire a d’ailleurs lancé un concours d’architecture au Chili pour la réalisation de cet ouvrage superbe. Il envisage la construction d’un hôtel sur le site, et d’un village pour héberger ses travailleurs.

Le premier millésime de Vik est embouteillé, mais pas encore commercialisé. On veut attendre qu’il soit prêt. Ce qui est déjà une façon de voir les choses rare au Chili, où on commercialise souvent des vins trop jeunes.

Lors d’un souper dans sa petite mais superbe villa de montagne dominant le lac et le domaine, Alex Vik nous a fait goûter son 2009. Très jeune, trop, encore. Il faut dire que les vignes n’avaient alors que trois ans. Mais prometteur. Très prometteur.

Alex compte vendre ces bouteilles pour la bagatelle de 100 $. Peut-être les trouverons nous un jour au Québec.

Voyant le scepticisme des convives assis autour de la table, il a murmuré à l’oreille d’un de ses employés, qui est remonté quelques instants plus tard de la cave avec un… Mouton Rothschild 1999! Un des cinq premiers grands crus bordelais.

Sans complexe, il l’a versé dans nos verres pour s’exclamer, «dites moi si mon vin est à la hauteur».

Et la pauvre Mouton, tout fraichement débouché, non carafé, bien trop jeune, fermé, avait beau être grandiose, il n’y est pas allé de sa plus grande prestation présenté ainsi à la va-vite.

Le Vik 2009, fait du raisins de bien trop jeunes vignes de trois ans, s’est donc tout de même montré solide. Un nez de figues, de poivron rouge grillé, de mine de crayon et d’épices, ainsi qu’une bouche puissante, tannique, empreinte de fruits noirs. Encore trop fermé, trop vert, trop acide. Mais assez de coffre pour vieillir. Le vieillissement des vignes aidera aussi à donner un peu plus de charme au Vik des millésimes à venir.

Quant au 2010, il encore plus fermé, encore trop boisé, mais doté d’une belle structure. Il faut dire qu’il était soutiré de la barrique. Il n’est pas mur, mais il est prometteur !

Mais pour être honnête, il faudrait refaire le match comparatif avec le Mouton dans 20 ans !

N’empêche, toute cette surréelle soirée s’est conclue, sur la montagne, avec Eminem, dans le tapis. La vie n’est pas si mauvaise, quand tout ce qu’on a à faire, c’est de constater que le Mouton Rothschild n’y est pas allé de sa meilleure performance…

Le lendemain, avant de partir, Cristian nous a proposé un petit jeu. Déguster des vins de divers parcelles et cépages, vinifiés individuellement, soutirés de leurs barriques, et donner notre avis sur ce dont devrait avoir l’air l’assemblage final du 2011 de Vik.

Une carménère épicée au beau fruit noir ne tombant pas dans la caricaturale lourdeur de cette variété, une syrah minérale et puissante, un merlot sentant bon le bleuet, un cabernet franc floral et un cabernet sauvignon tannique auraient composé mon vin avec une dominante du cabernet franc.

Toute cette interminable histoire pour dire que, si on connaît surtout le Chili pour ses vins beaux, bons, très costauds, et pas chers, il y existe aussi quelques grands vins. La plupart s’inscrivant dans la tradition bordelaise, c’est à dire des assemblages un peu similaires à Vik. Et la puissance et la structure tannique de ceux-ci, en dépit, souvent d’un manque d’acidité, en font de bons candidats pour un passage en cave de plusieurs années. Le bémol, la plupart sont issus de très grandes maisons. Le style est généralement d’un grand classicisme. Ceux que j’ai sélectionnés ci-bas sont toutefois très bons et trouveront leurs amateurs. Mais je rêve toujours de découvrir chez nous un grand vin d’un petit producteur chilien déjanté qui sort des sentiers battus.

En voici quelques uns disponibles chez nous.

Emiliana, Coyam, Valle de Colchagua 2009, Code SAQ : 11651634, 29,95$

Cépages : syrah, carménère, merlot, cabernet sauvignon, mourvèdre, petit verdot

Quel assemblage étourdissant ! N’empêche qu’Emiliana, avec ses 1100 hectares tous certifiés en agriculture biologiques, biodynamiques pour ses meilleures parcelles, fut un des coups de cœur de ma visite au Chili. Ce serait le plus grand domaine viticole à être certifiée bio dans le monde du vin. Je vous en reparlerai un jour. Coyam n’est pas leur cuvée la plus prestigieuse, mais ça reste, surtout à ce prix, un de mes coups de cœur parmi les produits hauts de gamme du Chili. Un nez de fruits noirs très murs, de prunes, d’épices, de cassonade et de terre mouillée. La bouche est toute aussi complexe, minérale, puissante, épicée, au boisé très bien dosé, des tanins fondus, avec une dose de fraîcheur faisant défaut à bien des «grands» vins chiliens souvent trop massifs. Très long en bouche. Prêt à boire mais moi, je le laisserais en cave quatre ou cinq ans. À déguster sur une bonne pièce de bœuf bien relevée !

Les vignes d’Emiliana, plus grand domaine certifié bio au monde.

Concha y Toro, Don Melchor,  valle del Maipo 2006, Code SAQ : 10760610, 79,75 $

Cépages : cabernet sauvignon et une trace de cabernet franc

Concha y Toro est un géant du vin. 9000 hectares de vignes en sa possession, plus le raisin qu’elle achète en provenance de presque autant de superficie. Ce qui place la maison cotée en bourse au deuxième rang mondial en terme d’hectares plantés. Des chiffres qui ont généralement tendance à me faire peur. Souvent, la grande production a tendance à évacuer la notion de personnalité d’un produit. C’est un peu ce que je reproche au Don Melchor, dont j’ai goûté le 2008 là-bas, alors que c’est généralement le 2006 que l’on trouve chez nous. Au nez pourtant, il est très invitant, avec ses effluves de cuir, cassis et de poivron rouge très délicats. En bouche ça se gâte. Le fruit est là pourtant. Les épices aussi. En plus d’un petit côté viandeux pas déplaisant. Mais tout est disproportionné. C’est puissant, lourd, sans finesse. Certains adorent ce style. Peut-être aussi était–il beaucoup trop jeune. Pour ceux dont la bourse le permet, voici ma suggestion : il existe dans le réseau de la SAQ des magnums de millésimes anciens. Essayez les, et invitez moi, question de pouvoir valider ou non ma première impression !

Manso de Velasco, de Miguel Torres.

Torres, Manso de Velasco, Valle de Curico 2007, Code SAQ : 00904078, 40,25 $

Cépage : cabernet sauvignon

Ce vin issu d’une parcelle unique de vignes de cab âgées de 100 ans, ne manque pas d’éclat. Un nez torréfié de prunes et de figues, et une bouche puissante, sur les fruits noirs murs tels la prune et le cassis. Très épicé, ce qui lui donne du mordant, un boisé bien dosé, des tanins fermes mais élégants, et une belle acidité qui lui permettra d’avoir une belle vie en cave. Un très beau vin du géant espagnol Miguel Torres qui produit une vaste gamme de vins de belle facture au Chili, dont on trouve quelques représentants chez nous. Un de mes favoris parmi les vins que les chiliens aiment à nommer les «icon wines» que j’ai eu la change de déguster là-bas.

Une jolie verticale de Don Maximiano!

Errazuriz, Don Maximiano Reserve, Valle de Aconcagua 2007, Code SAQ : 11396557, 79 $

Cépages : cabernet sauvignon (80%), carménère, petit verdot, cabernet franc

Ce domaine phare du Chili produit de nombreux vins populaires en SAQ depuis longtemps. Des vins bien faits, sans surprise, abordables. Mais ce spectaculaire domaine de la vallée d’Aconcagua produit aussi quelques vins hauts de gamme dignes de mention. Nous y avons eu la chance de faire une petite verticale du Don Maximiano, avec les millésimes 2008, 1997 et 1989. Ce qui nous a permis pour une rare fois de tester le potentiel de vieillissement de vins chiliens. Si le 89 nous paraissait un peu fané, que dire du 97 ! À l’époque il n’était fait que de cabernet sauvignon. Un nez animal, de cuir, de tabac. Une bouche d’olive noire, minérale, interminable, encore marquée par une acidité qui lui promet encore un bel avenir. Équilibré et très élégant. Le 2007 Sera forcément plus marqué par un fruit noir très mur et l’acidité. Épicé, encore une fois minéral, il est très bon mais je le placerais en cave pour au moins sept ou huit ans avant de le sacrifier. 

Le spectaculaire domaine Errazuriz

Cousino Macul, Finis Terrae, valle de Maipo 2008, Code SAQ : 00962829, 39,75 $

Cépages : cabernet sauvignon, merlot, syrah

Le Finis Terrae est le second vin de cet immense domaine autrefois installé dans la banlieue de Santiago nommée Macul, qui a fini par avaler une partie du vignoble en s’étalant. Cousino Macul y conserve 100 hectares de vignes à travers les immeubles mais s’est déplacé plus au sud dans la vallée de Maipo. C’est aussi une des rares grandes entreprises viticoles à demeurer familiale au Chili, et ce pour une sixième génération. Le nez du Finis Terrae rappelle le vinaigre balsamique et sent bon la figue, la lavande et le thym. En bouche, on est sur le bleuet, la mure, le poivron vert, les épices. Les tanins sont souples et le vin très équilibré. Même doté d’une certaine fraîcheur, ce qui ne court pas les rues à Maipo !

Carole Dumont, chef de culture chez Cousino Macul, devant ses 300 hectares de vigne de Maipo.

 

 

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