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De l’importation privée en épicerie, vraiment?

Publié le

Image tirée du site Web d’IGA

J’ai failli m’étouffer, en sirotant mon petit verre de rouge, bien calé dans mon canapé dans un état de quasi-somnolence devant les dernières minutes de Tout le monde en parle récemment. Pas à cause de quelconques révélations choc des invités de Guy A Lepage, mais en raison de cette pompeuse publicité qui nous présente un homme faisant visiter sa cave à un autre en lui parlant de ses vins précieux provenant exclusivement d’importation privée.

Au final, on s’y rend compte qu’il est question de vins d’épicerie, présentés sous le vocable «Grands arrivages d’importation privée», une gamme de vins distribuée par les supermarchés IGA.Ce n’est pas par snobisme à l’égard de ces vins qui ont le mérite de dépanner plus que de plaire que je suis resté perplexe. Car rassurez-vous, j’y ai goûté à ces vins. Je vous en reparle à la fin de ce texte. Et sans être grandioses, ils ne sont pas imbuvables j’en conviens.

Ce n’est donc pas tant leur goût que le flou artistique entretenu par la bannière du géant Sobey’s qui m’a titillé. On est certainement conscient chez IGA que l’usage des vocables «grands vins», et «importation privée» mystifiera certains consommateurs.

Car il faut le dire. Oubliez le langage utilisé par les stratèges en marketing d’IGA. Ces vins ne sont pas issus de l’importation privée comme on l’entend généralement. Ce sont des vins d’épicerie, comme tous les autres. Dans un contenant visant à le libérer du préjugé envers ces vins.

Initiative louable

À la base, l’initiative lancée par un propriétaire de marchés IGA de Victoriaville et passionné de vins, Martin Ruel, est louable. Il souhaitait permettre aux clients de supermarchés de pouvoir mettre la main en épicerie sur des vins de facture plus noble que ce qu’on y trouve habituellement.

Mais voilà, l’importation privée, ça n’est pas ça du tout.

Les trois vins d’IGA, nommé «Grand tour» et numérotés, un blanc et un rouge en provenance d’Afrique-du-Sud et un rouge d’Italie, sont importés au Québec via le monopole de la SAQ en d’énormes citernes et embouteillés ici par Kruger wines. Ils sont ensuite distribués en épicerie, comme TOUS les autres vins qu’on y trouve. La différence avec les autres, c’est que cette gamme est exclusive à IGA.

«Il y a ici une confusion entretenue sciemment par IGA. Ils parlent d’importation privée. Et il ne s’agit en rien de vins d’importation privée», déplore Pierre Birlichi, vice-président du Regroupement des agences spécialisés dans la promotion des importations privées d’alcools et vins (RASPIPAV).

L’importation privée, c’est autre chose.

«On parle de vins qui arrivent ici en bouteilles, qui ont été sélectionnés par des importateurs chez des vignerons, qui passent dans le corridor des importations privées de la SAQ, et qui doivent être vendus aux clients en caisses uniquement. L’importation privée réfère plus souvent qu’autrement à des vins distribués en petite quantité, issus de petits producteurs, et qui ont un caractère exclusif. Et qui auront au passage subi les majorations de la SAQ de 10 %», décrit M. Birlichi.

J’ajouterais que ces vins ne sont évidemment pas disponibles en SAQ, et ne peuvent être vendus et présentés sur des tablettes dans des boutiques ayant pignon sur rue. Des petits cavistes de quartier comme on en voit en Europe. C’est la loi au Québec. Pour les connaître et les acheter, il faut les avoir découvert à travers les quelques salons de vins où les importateurs les présntent. On les trouve aussi de plus en plus dans les restaurants.

Pierre Birlichi concède que le terme «importation privée», n’est pas protégé par la loi.

«IGA profite d’un vide juridique», estime-t-il.

De nombreux importateurs privés sont en furie depuis le lancement de la campagne d’IGA. «Si IGA peut vendre légalement des vins à l’unité, présentés sur tablettes, portant la mention importation privée, cela créée un précédent qui devrait nous autoriser de facto à faire pareil», a récemment ironisé un de ces importateurs avec lequel je discutais du dossier. Une ironie traduisant un désir réel pour lequel milite d’ailleurs le RASPIPAV.

Mais laissons le débat terminologique de côté un instant et passons aux vins.

Le débat n’est pas ici de savoir si ces vins sont grands, comme le sous-entend la pub, ou petits. Pour moi, un grand vin n’est pas un vin cher mais un vin qui me procure un rapport prix-bonheur avantageux. Un vin idéalement issu d’une agriculture respectueuse de l’environnement et du consommateur (ce qui ne veut pas forcément dire bio !) et qui est marqué par une certaine typicité qui lui provient du sol et du climat d’où il provient. Certains vins hors de prix m’exaspèrent tant tout cela leur fait défaut.

On doit en outre pouvoir identifier qui cultive la vigne, ou vinifie le vin, s’il s’agit du vin issu d’une structure de négoce (achat de raisins ou de vins par des vinificateurs qui ne sont pas récoltants), la région d’où il provient, ou encore mieux la parcelle de terre où pousse la vigne. Les cépages utilisés, évidemment. Un millésime, c’est élémentaire. Sauf pour les effervescents et les vins de table. Est-ce un vin issu d’agriculture bio ou biodynamique.

Tous des détails que l’on ne trouve pas sur les étiquettes des «Grands arrivages» d’IGA, pas plus que sur tout autre vin d’épicerie.

Parce que ces vins ne sont pas le produit d’un domaine viticole bien précis et identifiable. Ils peuvent provenir de plusieurs régions d’un seul pays. De plusieurs producteurs. On ne sait pas de quel millésime ils sont issus, s’il sont l’assemblage de plus d’une récolte pas plus que les cépages qui les composent. C’est une règle qui régit tous les vins d’épiceries et de dépanneurs.

Seule la mention du pays de provenance nous renseigne un peu sur ses origines.

Le consommateur désireux d’en savoir un peu plus sur le «Grand tour» qu’il se sera procuré chez IGA risque de se buter rapidement à un véritable barrage. Moi qui aime fouiller, à fond, pour connaître les origines des bouteilles que je débouche, j’ai eu du mal à trouver dans ce cas ci. Imaginez le consommateur qui n’a pas cette persévérance.

On sait donc, après une fouille minutieuse sur le Web, que les deux sud-africains sont issus des cépages chenin et pinotage. L’Italien est composé de sangiovese et de cabernet sauvignon. De quelle région ? Toscane ? Vénétie ? Émilie-Romagne ? Ombrie ?

De quels producteurs ? Impossible de le savoir. On sait que le chenin est une sélection effectuée par un œnologue sud-africain et l’Italien par un administrateur de Kruger wines. Voilà tout.

Dégustons, maintenant !

Le chenin affiche un nez de fruits blancs tropicaux très parfumés, mangues, papayes,  et ananas confits. Une bonne dose de vanille aussi et un petit côté pâtisserie. La bouche est aussi très fruitée, mais plus simple et unidimensionnelle que ce que le nez annonce. La finale est aussi plutôt courte et manque un brin de fraîcheur.

L’Italien lui, est plus sérieux. Il sent bon les prunes, les cerises noires, et même un peu la fraise cuite. Pas mal. La bouche est sur le poivron vert, avec un côté herbacé, mais un aspect légèrement sucré rappelant la cassonade, un peu disgracieux. Il affiche une certaine fraîcheur, n’est heureusement pas boisé. Pas désagréable, mais simple.

Conclusion

Donc. Bons, ou pas, les «Grands arrivages d’importation privée» ?

Je dirais qu’ils ne sont pas grandioses comme la pub le laisse exagérément présager. Ce sont des vins corrects, surtout l’italien. Le hic, c’est qu’avec la taxe, on est à plus de 16$ la bouteille. Et en SAQ (même en importation privée, la vraie !), on trouve à ce prix et pour bien moins cher une multitude de vins meilleurs.

Il est vrai que dans bien des quartiers et petites villes, votre SAQ ferme tôt et si vous ne vous êtes pas constitués une réserve à la maison (la meilleure option), vous devrez vous tourner vers l’épicerie du coin, qui ferme bien plus tard. Dans ce contexte, les vins d’IGA feront le travail correctement.

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Une réponse "

  1. Alain Rochard

    En plus ces vins sont proposés à l’ensemble des épiciers du Québec et non réservés exclusivement à IGA , donc le dépanneur indépendant de votre quartier pourrait lui aussi vendre des grands vins d’importation privée …
    Il serait interessant de savoir quel a été le prix de vente à l’hectolitre au départ !

    Réponse

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