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Renaissance des appellations, coups de coeur, suite et fin

Publié le

Sophie Barmès, a admirablement présenté les vins de la maison familiale, dont le superbe riesling Rosenberg 2008.

Par David Santerre

Je vous ai parlé récemment du salon Renaissance des appellations, de vins en biodynamie et de Nicolas Joly. Beaucoup de Nicolas Joly en fait. Mais peu encore des autres coups de cœur, nombreux, que j’ai eus lors de cet évènement.

Le point commun entre tous ces vins et leurs auteurs, d’abord, la biodymanie. Je ne vous réexpliquerai pas de quoi il s’agit. Vous lirez plutôt les billets passés. Ou plutôt cet entretien avec M. Joly, dans la série sur les ayatollahs du vin du site Web français Vindicateur.

Tous les vignerons présents ont adhéré à cette pratique plus saine pour diverses raisons.

Certains pour la santé de leurs enfants. Comme Éric Saurel du domaine Montirius, à Vacqueyras, dans le Rhône méridional.

Sa fille Justine, qui aujourd’hui travaille avec lui, et qui est connue dans le village comme étant la «fille au tracteur», souffrait, étant petite, de problèmes rénaux. Elle a rencontré de grands spécialistes qui malgré les nombreuses prescriptions médicales, n’auraient selon son père jamais vraiment réussi à la guérir.

«Un jour, nous avons tenté l’homéopathie. Et quand nous sommes retournés voir le grand professeur, il nous a dit, elle est guérie. Cela nous a ouvert l’esprit. Le professeur, il a posé son diagnostique. Mais il avait sa route pour arriver à la guérison. Mais nous en avons trouvé une autre qui a mené au même but. Toute la famille a alors adopté l’homéopathie. Et nous nous sommes dit, pourquoi pas la vigne aussi?», raconte-t-il.

Selon lui, la biodynamie a apporté plus de minéralité aux vins, en ce qu’elle permet au terroir de s’exprimer librement, sans les artifices chimiques de la viticulture moderne.

Éric Saurel, de Montirius, au centre, et sa fille Justine, alias, la fille sur le tracteur!

Françoise Gourdon, du Château Tour Grise à Saumur, en Loire, abonde dans le même sens.

«On préfère des vignes vivantes que des vignes mortes. Les produits chimiques tuent la vie dans le sol. Pas de vie dans le sol, pas de vie dans le vin», affirme-t-elle.

«Quand on a eu notre premier enfant, on devait lui interdire d’aller dans les vignes, et l’enfermer quand je les traitais. C’est une des raisons du passage à la biodynamie», se souvient François Plouzeau, du domaine de la Garrelière, aussi en Loire.

François Plouzeau, du domaine de la Garrelière, a voulu éviter les produits chimiques à ses enfants.

Raison de santé, écologiques, gustatives, elles sont toutes bonnes pour passer à la biodynamie, comme de ne pas le faire aussi, pour ceux encore majoritaires qui font ce choix.

Dominique Derain, producteur à Saint-Aubin, en Bourgogne, explique avec humour les dilemmes familiaux auxquels mènent parfois les visées biodynamistes de jeunes vignerons en voie de reprendre l’exploitation familiale.

«Le plus grand problème avec les jeunes, ce sont leurs pères. Ils se font dire, tu vas reprendre les quatre hectares de la famille, et tu fais pas chier. Tu changes rien», image-t-il, lui qui forme de nombreux stagiaires.

Voilà donc maintenant un aperçu des coups de cœur dénichés parmi cette joyeuse bande de lurons.

Certains vins sont disponibles en SAQ, mais la plupart en importation privée, un mode d’achat encore méconnu mais fort simple. Pour chaque produit, je vous indiquerai où vous le procurer.

Domaine Barmès Buecher, Alsace

Je vous ai parlé de nombreuses fois de ce domaine alsacien dont j’ai admiré la philosophie de son défunt co-propriétaire, mort happé par une voiture alors qu’il faisait du vélo il y a quelques mois, François Barmès. Un vigneron qui se voyait plutôt comme un petit jardinier passionné de son métier. C’est sa fille Sophie qui représentait la maison au salon. Plutôt versée dans les activités commerciales familiale que dans la viticulture, c’est néanmoins avec aplomb que cette ravissante dauphine a parlé de son père et de ses vins. Quatre cuvées de la maison sont disponibles en SAQ. Son crémant d’Alsace est un est un éternel coup de cœur. Mais le vin qui m’a fait la plus belle impression est le pinot gris Rosenberg 2008. Un nez de caillou mouillé, de petites fleurs et de tarte Tatin. La bouche elle, est ample, capiteuse, et néanmoins fraîche et à la minéralité tranchante. J’ai eu la chance de goûter aux riesling Herrenweg 2010 (nous avons ici le 2009) et le grand cru Hengst 08 (nous avons ici le 2007) et tous deux sont de belles réussites que nous aurons pourront découvrir ici d’ici quelques années.

Château Falfas, Bordeaux

La propriétaire de cette splendide petite propriété de la Côte de Bourg, Véronique Cochran, est une des plus aimables personnalités rencontrées lors de ce salon. Elle n’a jamais vraiment travaillé autrement qu’en biodynamie. Le gourou américain Robert Parker a déjà encensé ses vins. Pour une fois, lui et moi sommes d’accord! Assemblage où le merlot domine les cabernets franc et sauvignon, et le malbec, le Falfas 2006 est une petite merveille de gourmandise, avec un nez expressif de figue, de prune, d’épices et de marc de café. La bouche conserve ces arômes, sur une trame d’une belle fraîcheur, assez longue. Un vin déjà plaisant dans sa jeunesse, mais qui vieillira bien comme en fait foi la dégustation du 2000, encore bien en selle, qui a évolué sur des notes de balsamique, de cassis et de réglisse. Il conservait encore une acidité vivifiante. Vendu 28,15 $, ce qui est loin d’être cher pour un Bordeaux de cette stature, en caisse de six, à l’agence Raisonnance. Aussi en vente, la cuvée Les Demoiselles 2010, issu de plus jeunes vignes, le «vin de soif» de Falfas, tout aussi bon et pour toutes les occasions. Une aubaine à 22,79 $.

Véronique Cochran (à gauche), du splendide Château Falfas.

Château Tour Grise, Loire

Depuis un moment déjà parmi mes favoris. Mon éternel coup de cœur est le Saumur «Fontenelles» 2001. Vif, minéral, tendu, aux arômes de miel sans la sucrosité qu’on pourrait lui associer. D’une longueur ahurissante et surtout, malgré ses 10 ans, encore marqué par une acidité presque juvénile. Actuellement, c’est le Saumur «Amandiers» 2001 qui est disponible, en importation privée chez La QV. C’est une autre expression du chenin, plus gras, opulent et rond, mais pas moins distingué. Pour 25 $, pouvoir se délecter d’un pareil vin et d’en apprécier l’évolution est une aubaine. Au rang des originalités, le Zéro pointé, un pétillant naturel fait de cabernets sauvignon et franc. Simple, gouleyant, festif.

Domaine de la Pinte, Jura

J’ai facilement un faible pour les vins singuliers de cette région froide, presque autant que le Québec, coincée entre Bourgogne et Suisse. Le cépage local poulsard (parfois appelé ploussard) donne des vins très délicats, en fruits et en épices, parfois très minéraux, à la robe toujours claire (on le prendrait parfois pour du rosé!), à la structure souple et dotés d’une belle fraicheur. Celui concocté par Bruno Ciofi, du domaine de la Pinte, ne fait pas exception avec ses notes de petits fruits des champs acidulés et son intense minéralité. Simple, on en boirait quelques bouteilles avec plaisir, avec une certitude, celle qu’on aura le sourire fendu jusqu’aux oreilles, jusqu’à la dernière goutte. En vente à l’agence Raisonnance, pour 28,34 $, en caisse de six.

Domaine de la Garrelière, Loire

Ce petit domaine posté tel un irréductible gaulois, seul sur sa colline aux confins sud de la Touraine produit une intéressante gamme, dont mon coup de cœur, le Gamay  Sans tra la la 2010. Issu d’une macération carbonique, il est d’une grande fraîcheur, chargé de petits fruits acidulés comme la fraise des champs, avec un finale démesurément poivrée et vivifiante comme je les aime. Croquant, gouleyant. En importation privée chez Bergeron-les-vins. En SAQ, un très élégant blanc de la maison, le Cendrillon, assemblage chardonnay et sauvignon blanc. Ample, gras mais frais, aux saveurs de pêche blanche et de poire.

Domaine Pascal et Béatrice Lambert, Loire

Restons en Loire avec ce superbe Chinon «les Terrasses» 2010. J’ai une relation d’amour haine avec le cabernet franc et celui-ci m’a ravi. On y sent très subtilement le poivron rouge, mais aussi le cassis. Et les épices sont très présentes. La bouche est toute en souplesse, on y goute les petites cerises rouges cueillies avant maturité et le poivre. Il affiche aussi une belle minéralité et une agréable fraîcheur. C’est permis, d’apposer le qualificatif «grand» sur un vin de soif? 24,41 $, en caisse de six, chez Raisonnance.

Montirius, Rhône

Trois cuvées du domaine familial d’Éric Saurel sont disponibles en SAQ, et tout particulièrement, dans la section des produits réguliers, donc disponibles dans presque toutes les succursales de la province, un splendide Vacqueyras 2011 à 19,50 $ qui pour ce prix nous offre une matière, une pureté et une race difficiles à atteindre. Lors du salon, j’ai découvert d’autres cuvées produites par Éric Saurel, dont le vin de pays du Vaucluse «les Violettes». Une parcelle d’un hectare de vieilles vignes de syrah qu’on lui a cédé sous prétexte qu’elle ne pouvait donner de bons vins. Éric en a pourtant tiré une cuvée remarquable au nez floral, de cassis et de poivre. La bouche est toute en fraîcheur, en fruits, et les tanins sont soyeux. D’une minéralité craquante. Et que dire de son Vacqueyras blanc 2008, «Minéral», issu de grenache blanc, roussane et bourboulenc, vendangés à différents niveaux de maturité. Opulent, un brin salin, floral, aux notes de pêche blanche et de papaye, et affichant pourtant une étonnante fraîcheur. Pour plus de détails sur ces cuvées non disponibles en succursales, contactez l’importateur Raisonnance.

La gamme Montirius

Weingut Wittman, Allemagne

On connaît très peu les vins allemands. Pourtant, certains des meilleurs rieslings du monde proviennent de ce pays. Les vins de ce domaine, sylvaner et riesling, m’ont charmé. Particulièrement la cuvée Westhofener riesling trocken (sec) 2010. Complexe à souhait, minéral, floral, d’un fruité tirant sur les abricots, la mangue, le miel, le tout dans un ensemble onctueux mais remarquablement équilibré, sans lourdeur. Très très bon. En vente chez Ward & Associés, dont le site Web n’est pas encore actif, mais qui a une page Facebook, ici.

Antiyal, Chili

Dans la masse de vins chiliens issus de domaines gigantesques, il y a du bon. Il faut simplement savoir le dépister. Antiyal, c’est le petit projet personnel d’un des plus influents œnologues du pays Alvaro Espinoza, un des précurseurs de la viticulture biologique et biodynamique au Chili. En provenance de la solaire région de Maipo, un assemblage où la carménère domine le cabernet sauvignon et la syrah. Un vin massif et puissant, mais aussi élégant. Le nez est sur les fruits noirs, la réglisse, et les épices comme la cardamome. La bouche se la joue sur les mêmes thèmes, des tanins plutôt soyeux et une pointe de fraîcheur qui fait défaut à beaucoup de vins où la carménère est reine. 54 $ pour le 2008, en importation privée, chez Trialto, comme son petit frère, le Kuyen.

Elisabetta Foradori, Italie

D’une des plus belles et fraiches régions d’Italie, les Dolomites, nous provient ce vin très original. D’abord parce qu’il est issu d’un des innombrables cépages autochtones dont regorgent les régions de ce pays, le teroldego. Ensuite parce qu’il est vinifié pendant huit mois sur peaux en amphores de terre cuite espagnoles, du moins quant à la cuvée Sgarzon 2010, en appellation Vigneti delle Dolomiti. Un nez de fruits noirs très vif, épicé, et une bouche de cerises confites, d’épices, et d’une grande minéralité. D’une grande pureté. Excellent ! En importation privée prochainement chez Balthazard.

Sgarzon 2010, d'Elisabetta Foradori

 

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Une réponse "

  1. Hum! Ça me plaît d’apprendre que de plus en plus de vignerons choisissent l’agriculture biodynamique. Ça va de soi que si on enlève toute vie dans le sol par l’ajout de produits chimiques, le produit récolté n’a plus la même valeur.

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