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Et si je n’aimais pas les vins de Nicolas Joly?

Publié le

Nicolas Joly dans ses vignes

Par David Santerre

Mine de rien, c’est une question qui me turlupinait réellement lorsque je me suis présenté au récent salon Renaissance des appellations et aux évènements entourant sa tenue à Montréal.

Cette grande dégustation, regroupant une soixantaine de vignerons du monde, mais très majoritairement français, mettait les projecteurs sur les vignerons travaillant en biodynamie. Une science, ou plutôt une philosophie que je ne vous réexpliquerai pas de long en large, je l’ai déjà fait ici. Mais pour résumer en quelques mots, la biodynamie prône l’intervention humaine la plus minimale et interdit pratiquement toute utilisation de produits chimiques dans la viticulture et la vinification.

On prétend que cela donne des vins au goût plus pur, plus empreints de leur terroir, et évidemment plus sains.

Rien à redire là-dessus. Cela va de soi! Ce qui n’exclut pas que des vins en biodynamie puissent, comme les autres, être imbuvables. Cela aussi va de soi.

Mais revenons à Nicolas Joly.

Propriétaire de la mythique Coulée de Serrant, en Loire, Nicolas Joly est le maître à penser du regroupement Renaissance des appellations. Une sorte de gourou pour les vignerons membres, et une rock star devant laquelle se prosternent les fous de ces vins.

Je dois avouer que je n’ai pas bu des dizaines de fois les vins de Joly, tous des blancs issus de chenin. Ils ne sont pas donnés. Actuellement, le grand vin de la maison, le Clos de la Coulée de Serrant, issu de l’appellation éponyme, que Joly détient en monopole, se détaille 113 $ en SAQ. J’en gardais un bon souvenir, qui demandait toutefois un petit rafraichissement de mémoire. Et je n’avais jamais goûté les deux cuvées plus «modestes» de la maison.

Je suis journaliste. Quand je déguste des vins, j’essaie d’appliquer la même objectivité qu’en toute autre situation. Je suis toujours sceptique devant les monuments qu’on dit impossibles à déboulonner et devant les faits qu’on dit acquis et incontestables.

Et c’est fou comment il est difficile de faire preuve de cette réserve quand se présente un type comme Nicolas Joly devant un public largement conquis d’avance.

Il fallait voir les amateurs, avant même qu’une bouteille portant sa signature ne soit débouchée, en pamoison. Convaincus avant même de goûter que rien ne pourra être redit sur le nectar qu’ils goûteront. Ils n’ont parfois jamais goûté les vins de Joly, mais ce qu’ils en ont entendu dire les assure qu’ils ne pourront être déçus. Quand le célèbre vigneron passe, certains sortent même leur calepin de note pour immortaliser chaque syllabe sortant de sa bouche comme s’il s’agissait de la parole de Dieu.

Et c’est de bonne guerre parce qu’on tombe facilement admiratif devant quelqu’un d’aussi passionné et dévoué à son art.

Il faut dire qu’il a une sacrée répartie, qu’il dispense ses opinions bien arrêtées de manière à ce qu’on ne trouve rien à y redire, et malgré tout cela, il n’a surtout pas la grosse tête!

«Nous faisons aujourd’hui trop de vins technologiques mais sans personnalité parce qu’on a décidé que la qualité pouvait être quantifiée, en fonction de critères bien précis. Pourtant, ce qui est le plus important dans un vin comme chez les personnes, c’est sa personnalité. Et la personnalité n’a ni volume ni poids. Elle n’est pas quantifiable», m’a déclaré l’homme pour expliquer son aversion pour les vins à la sauce industrielle que l’on trouve autant en France qu’en Californie ou en Australie.

Ce qui a fait jaillir des ho! et des ha! admiratifs chez mes voisins de table.

Il faut dire qu’il a parfaitement raison.

«Attention à vos apprentissages, ils sont incomplets», lancera-t-il à un autre amateur lui parlant des études de viticulture-œnologie qu’il a faites en France. Un mot d’esprit qui a ravi l’assistance.

J’ai décidé de lancer cette petite pointe à la vedette du salon.

«Pas facile, M. Joly, de déguster vos vins objectivement. On vous place sur un tel piédestal que si j’en venais à la conclusion que je ne les aime pas, je me ferais lapider.

-En effet, vous passeriez pour un couillon, me répond l’homme du tac au tac, le sourire en coin, avant de reprendre, sérieusement cette fois.

-Vous avez raison, restez objectif. Que personne ne vous dise quoi aimer, même mes vins. Et même si quelque chose paraît évident à tous», poursuit-il.

J’ai par la suite eu droit à toute une dégustation, pilotée par sa fille et associée Virginie Joly. Et pour tout vous dire, je n’ai pas eu à passer pour un couillon, car j’ai beaucoup aimé! Donc pour en revenir au titre coiffant ce billet, «Et si je n’aimais pas les vins de Nicolas Joly», j’ajouterais «heureusement, ce n’est pas le cas».

Une belle dégustation pilotée par Virginie Joly

Un belle verticale de Coulée de Serrant!

En voici un bref aperçu. Notez que certains vins sont disponibles en SAQ, et pour plus d’informations sur les autres, veuillez contacter l’agence d’importation Raisonnance.

Le Vieux Clos, Savennières, 2009

Voilà le seul vin de Joly qui, sans dire qu’il m’a déplu, ne m’a pas charmé. Pas qu’il était mauvais. Il affichait une belle floralité, des notes de fruits blancs exotiques, mais n’avait pas l’ampleur des autres vins de la maison. Il faut dire qu’il est tout jeune et que les chenins de Joly sont équipés pour la garde. Et néanmoins, ce 2009 démontrait une touche d’acidité laissant présager un potentiel en cave et il devra donc être rejugé dans quelques années. Je me porte volontaire pour faire cet examen! Celui-là devrait faire son entrée prochainement en SAQ.

Le Vieux Clos, Savennières, 2006

Trois ans de plus en bouteille que le précédent, un millésime différent, un peu plus de botrytis (pourriture noble) sur le chenin et un vin d’une toute autre race. Au nez, des parfums de cire d’abeille, de miel, voir d’hydromel, de pomme légèrement flétrie et de fleurs.

Si le nez donnait l’impression d’un vin peut-être légèrement doucereux, la bouche nous détrompe! Il y a certes de l’ananas confit, des abricots, des amandes, de la noix de coco, mais sans la sucrosité associée à ces saveurs. De l’acidité, de la tension, de la fraîcheur, et une intense minéralité. Wow!

Le Clos de la bergerie, Savennières-Roche aux Moines, 2009

Des arômes similaires au précédent, auxquels s’ajoutent ceux des feuilles d’automne séchées, mais une minéralité encore plus tranchante. La vigne pousse ici sur un sol de schiste. On a l’impression de croquer dans un caillou! Puissant et très long en bouche.

Le Clos de la Coulée de Serrant, Coulée de Serrant monopole, 2009, 2005, 2002

Toute une chance que de pouvoir se faire une petite verticale de ce très grand vin. Tous étaient splendides. D’une belle couleur jaune tirant sur le doré, d’une rare complexité, d’une grande amplitude. Le 2009 était le plus tendre, avec ses notes de petits fruits blancs et de fleurs. Le 2002 était plus marqué par les parfums de noix et de miel, voir même de champignons. Mais l’acidité était encore bien vive, signe qu’il pourra encore parcourir bien du chemin tout en se bonifiant. Celui du milieu était à mon avis le plus fin, le plus délicat. C’est toutefois le 2006 qui est actuellement disponible dans une quarantaine de succursales de notre monopole d’État.

Le Vieux Clos 2009 et 2006, le clos de la Bergerie 2009 et le clos de la Coulée de Serrant 2009

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