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Un homme et ses amphores contre le vin «parkerisé»

Marcelo Retamal montre fièrement ses amphores artisanales, toutes de volume différent.

Par David Santerre

Avec plus de 300 hectares de vignes en sa possession, et des ententes avec des dizaines de petits vignerons qui lui fournissent du raisin, de la vallée d’Itata tout au sud du Chili, jusqu’à Elqui au nord, on s’imagine en se pointant chez De Martino qu’on y verra ni plus ni moins une usine produisant du vin.

Bien loin de l’image pittoresque que nous offrent souvent les vignobles français, italiens ou espagnols et leurs petits vignerons caractériels cultivant leur lopin de terre pour produire quelques milliers de bouteilles par année.

Évidemment, qu’on est loin de cette imagine romantique du vin. Mais la rencontre avec Marcelo Retamal, œnologue en chef de cette grande maison chilienne fondée en 1934 par Pietro De Martino Pascualone dans la vallée de Maipo, juste au sud de Santiago, nous réconforte. Dans ce pays aux entreprises viticoles gigantesques où la notion de terroir et de typicité est parfois sacrifiée au nom du volume, il existe encore quelques artistes un brin déjantés qui se fichent des modes dictées par les buveurs américains et chinois.

Marcelo parle avec passion de son pays. Il en connaît les innombrables terroirs par cœur.

Il rêve de faire pousser de la vigne dans les Andes, là où il neige et où les sols sont de calcaires. On pourrait y faire selon lui de vins d’une finesse et d’une délicatesse pouvant rivaliser avec les plus grands bourgognes de ce monde, croit-il.

«Mais au Chili, la mentalité est de jouer safe, alors on plante dans les vallées», explique-t-il.

Selon lui, il y a dans son pays trop de gigantesques «bodegas».

«Nous avons besoin de petits projets ici. On est en train de démarrer un petit projet à 2000 mètres d’altitude à Elqui, une vallée désertique où il fait soleil 360 jours par an, où il neige l’hiver», raconte l’œnologue.

Marcelo se plait d’ailleurs beaucoup à travailler avec de petits viticulteurs défiant les méthodes modernes de production. Car si les entreprises viticoles chiliennes sont énormes, il existe des Chiliens possédant leur petite parcelle sur laquelle ils cultivent parfois de très vieilles vignes. Surtout à Maule et quelques autres régions un peu moins connues. Mais ces viticulteurs ne produisent pas leur vin. Ils vendent plutôt leur raisin. Marcelo semble avoir le flair pour dénicher les meilleurs spécimens.

Un drôle d’hurluberlu

Mais ce qui fait vraiment de Marcelo une bibitte rare en sa contrée, et assoyez vous bien avant de lire ceci : Marcelo n’aime pas le bois!

«Je n’aime pas beaucoup les barriques de chêne ni les raisins surmuris au soleil. C’est un des problèmes du vin dans le monde. On ne fait pas des vins pour le plaisir, mais on les fait pour un évènement précis aux États-Unis, soit la dégustation de M. (Robert) Parker», lance-t-il avec une mine dédaigneuse.

«Nous nous sommes demandé un jour ce nous aimons comme style de vin. Et ce ne sont pas des vins boisés, très murs et sucrés comme nous le demandaient nos acheteurs américains, par exemple», poursuit l’énergique personnage.

Et c’est une solution drastique, qui a totalement décontenancé les propriétaires italiens de De Martino quand il leur a proposé, que Marcelo a trouvée.

«J’ai décidé en 2011 de ne plus jamais acheter de barriques de chêne et de privilégier des foudres de 5000 litres. Ça dure 100 ans, et ça ne donne pas de goût toasté, de café ou de moka. Et j’ai aussi décidé de produire du vin en amphores de terre cuite, fabriquées par des artisans du sud du pays», énumère-t-il.

Marcelo a décidé qu'il ne voulait plus de barriques de bois chez De Martino. Il a plutôt opté pour les amphores et les foudres de 5000 litres, qu'on voit derrière.

Et comme ses patrons lui font confiance, ils ont accepté.

«Mais au début ils se sont dit que j’étais fou», nuance-t-il.

Et pour cette première expérience avec les vins élevés en amphore, il a décidé de vinifier de façon complètement naturelle, sans utilisation de levures de synthèse (comme presque tous les vins De Martino), et sans adjonction de souffre, une cuvée 100 % cinsault provenant de la vallée d’Itata, dans le frisquet sud du pays. Viejas Tinajas, pour vieilles amphores, en est le résultat étonnant dont je vous reparle plus bas.

Il fallait voir la tête incrédule d’un œnologue sud-africain des plus traditionnalistes qui était de passage chez De Martino en même temps que moi alors que Marcelo parlait avec verve de ses amphores…

Espérons que le coloré personnage en inspirera des tonnes d’autres au Chili… et un peu partout dans le Nouveau-monde!

Boire De Martino au Québec 

Un des vins de De Martino se trouve en SAQ, il s’agit du cabernet sauvignon Legado Reserva, dont je vous parlais dans ma dernière chronique. Les autres sont disponibles en importation privée, en caisses de six ou 12, chez Vins Balthazard. N’hésitez pas à essayer, si vous ne l’avez déjà fait, ce mode d’achat qui n’a rien de compliqué! En voici quelques uns!

Deux coups de coeur chez De Martino: la syrah Alto los toros, et le Vijas Tnajas, le fameux cinsault vinifié en amphores.

Legado Reserva, Chardonnay, vallée de Limari 2009, 18,75 (caisse de 12)

Notez que c’est le 2011 que j’ai goûté chez De Martino, et qu’il était à peine embouteillé, ce qui veut dire que mes notes ne sont qu’approximatives dans ce cas. Ce chardonnay s’annonçait frais et croquant dès la première effluve que nous interceptions. Un petit côté beurré et vanillé certes, mais dominé par des parfums de cailloux mouillés, de papaye et de poire. La bouche est onctueuse mais néanmoins fraîche, d’une belle minéralité, voir même légèrement saline. Le fruit s’y faisait discret, mais je répète, le vin avait peut-être besoin d’un petit repos en bouteille pour se stabiliser. Pour le prix, un superbe chardonnay du Nouveau-monde.

Legado Reserva Syrah, vallée de Choapa 2010, 19,35 $ (caisse de 12)

Issu d’une vallée entre Aconcagua et Limari au nord de Santiago, cette syrah est délicate et sent bon la violette. En bouche, c’est cassis, poivre, une belle fraîcheur et des tanins souples. Peu complexe, mais gouleyant à souhait et d’une délicatesse peu commune au Chili.

Limavida single vineyard, vallée de Maule 2008, 36,75 $ (caisse de six)

Petite leçon de vocabulaire ici. Single vineyard signifie que nous avons un vin issu des raisins d’une seule petite parcelle de vigne, qui se nomme Limavida en l’espèce. Il s’agit d’un «field blend», ce qui veut dire que l’assemblage des cépages n’est pas fait au chai de façon précise, mais résulte plutôt de ce que l’on trouve dans le vignoble, planté de façon un peu pêle-mêle. Celui-ci est dominé par le malbec, secondé par le tannat, la carménère et le carignan. Quand le malbec est prêt, on récolte le tout. Le vignoble est constitué d’«old bush vines». C’est à dire de vieilles vignes cultivée à la sauvage, en bosquets, plutôt que taillées méticuleusement comme ce que l’on voit habituellement. Par oppositions aux précédents, nous avons ici un colosse au nez de cassis, très épicé, poivre, menthol, et feuilles de tabac. La bouche est en puissance, les tanins bien structurés, mais l’élégance et l’équilibre ne sont pas sacrifiés. On y trouve un beau fruit et une pointe de fraîcheur dans une longue finale. Superbe!

Syrah Alto Los Toros single vineyard, vallée de Elqui 2008, 36,75 $ (caisse de six)

De cette vallée désertique qui ne voit jamais de nuages, où se trouvent plusieurs des plus grands observatoires du monde, provient la meilleure syrah que j’aie dégusté au Chili. Un nez puissant chargé de figue mure, de prunes et d’épices. La bouche est toute en fruit, avec des notes de thym et de romarin. Un vin gourmand, aux tanins délicats, charmeur et d’une longueur infinie en bouche. 

Viejas Tinajas, vallée d’Itata 2011 (entre 20 et 25 $)

Ce vin est le résultat de la première expérience de Marcelo Retamal avec la vinification en amphore. Du beau cinsault, macéré carboniquement, fermenté, élevé, pendant environ six mois, toujours dans la même amphore. «On y met le raisin, on ne le presse même pas, et on ne fait rien jusqu’à la mise en bouteille», explique Marcelo comme s’il n’avait rien à voir avec cette belle et déroutante réussite. Déroutante car après une semaine au Chili, je ne m’attendais plus à trouver ce type de vin, et surtout pas chez un grand producteur comme De Martino. C’est un type de vin qui se rapproche de ce que l’on trouve surtout en Europe chez de petits vignerons adeptes des vins natures. Tout en fraîcheur, fruité, épicé, minéral, de faible teneur alcoolique, un vin à boire sans soif et sans modération. En mars, Balthazard en recevra 10 douzaines, en importation privée.

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