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Casser ses préjugés au Chili, mission (im)possible?

La brume du pacifique remontant la vallée de Lolol vu de la Hacienda Araucano, dans Colchagua

Par David Santerre

Une des plus importantes qualités de l’amateur de vin, plus encore que d’avoir un bon nez et un vocabulaire digne des académiciens de la langue française pour décrire les vins, c’est de toujours avoir l’esprit ouvert.

Parce qu’il est facile de se dire qu’on aime les bordeaux, les toscans ou les californiens, de s’y cantonner et perdre de vue une foule de vins qui pourraient pourtant élargir nos horizon et nous surprendre.

La Bande des vins l’avoue humblement, elle néglige parfois un peu le Nouveau-monde, et particulièrement l’Australie, le Chili ou la Californie. Peut-être en raison de quelques déceptions passées dans ces régions.

Mais cette méconnaissance est aussi ce qui m’a poussé à m’envoler il y a quelques temps pour le Chili. Question d’aller à la rencontre de ceux qui y font les vins et travaillent la vigne, en espérant mieux comprendre leurs vins, et surtout, casser mes préjugés!

Ce voyage d’une semaine au printemps de l’hémisphère sud m’a permis d’en arriver à divers constats.

Un mot d’abord sur le pays, hors le vin. Il est d’une stupéfiante beauté. Où qu’on s’y trouve, on voit des montagnes. À l’ouest la chaîne côtière, moins élevée du haut de ses 1000 mètres environ, et à l’ouest, les Andes. Formidable muraille enneigée visible de partout, symbole de dangers mais aussi garante d’un climat propice aux vins. Par leur hauteur, elles freinent les nuages sur le versant argentin. Le ciel est toujours clair au Chili. L’eau de fonte des neiges et la brise qui en descendent vers les vallées où se cultivent la vigne apportent beaucoup à la vigne. La capitale, Santiago, et ses sept millions d’habitants pourrait donner bien des leçons à Montréal. Par sa propreté, tant dans le quartier des affaires que dans les quartiers populaires. Par la qualité de ses infrastructures routières. Par la joie de vivre et la paix qui se dégage de ses habitants.

La plaza de armas, à Santiago

Grande diversité de terroirs

Côté vins, étant donné la très grande distance entre le torride désert d’Atacama au nord et la rigoureuse Patagonie au sud, le Chili présente une multitude de terroirs et climats propices au vin, et qui un jour permettront aux différentes régions viticoles du pays de posséder leur propre identité.

Je dis un jour, parce que le mouvement est amorcé, mais il demeure embryonnaire. De plus en plus, les viticulteurs du pays connaissent et comprennent leur terroir et savent quels cépages planter, et où, dans le but de produire des vins de caractère. Mais il reste encore du pinot noir ou du chardonnay plantés en région trop chaude, ou de la carménère aux disgracieuses notes végétales, car il sont plantés en des endroits mal adaptés pour eux.

Un défi du Chili sera aussi de faire connaître auprès du public ces régions. Quand on boit un vin de France, on dit d’emblée boire un bordeaux, un bourgogne ou un vin du Rhône. Quand on boit chilien, on boit généralement… chilien! Et pas un vallée de Casablanca, ou de Leyda ou de Maule. Et pourtant, chacune de ces régions possède son identité.

Ainsi, la grande vallée centrale, qui regroupe les appellations vallée de Maipo, Colchagua et Cachapoal, seront généralement propices à la culture des cépages rouges aimant la chaleur, comme les cabernet sauvignon, merlot, carménère. Casablanca et Leyda, sur la côte du Pacifique à l’ouest de la capitale, rafraîchies par la brise océanique, seront la terre du pinot noir, du chardonnay et du sauvignon blanc. Et de plus en plus, du riesling et gewurztraminer.

À Maule, on trouve un peu de tout, mais surtout, de superbes carignan. Tout au sud, Biobio donne de fantastiques pinots noirs. Pour ne nommer que celles-là.

Et il resterait des terres à explorer. Selon le coloré œnologue en chef de la maison De Martino, Marcello Retamal, il faudrait planter de la vigne dans les Andes et ses sols de schiste et de calcaire, son climat frais qui selon lui donnera les vins les plus fins du pays.

Think big

Connaissant comme tout le monde les grandes maisons que sont Errazuriz et autres Concha y Toro, j’espérais aussi trouver au Chili de petits producteurs élaborant des vins sortant des sentiers battus. C’est de là qu’est venue ma principale déception. Ils sont rares, très rares. Quasi inexistants. Je vous en présenterai néanmoins deux ou trois dans un prochain article.

À titre comparatif, sachez que 10 000 exploitants cultivent dans le bordelais, en France, 120 000 hectares de vigne. Au Chili, ils sont 300 pour la même superficie!

Quand on aborde des maisons comme Concha y Toro, avec ses 9000 hectares (deuxième entreprise viticole au monde en terme d’hectares cultivés), Luis Felipe Edwards ou Vina la Rosa, on a parfois l’impression de pénétrer dans une usine plutôt qu’un chai. Et la philosophie de l’entreprise va parfois hélas avec cette impression. On est loin du petit vigneron qui cultive son lopin de terre pour produire ensuite une petite cuvée pleine de caractère! Les vins y sont bons, bien faits, costauds, parfois trop à mon goût, sans défaut technique, mais souvent formatés selon un même moule à la sauce internationale.

«Vous savez, au Chili, on ne se gêne pas pour faire des vins puissants en alcool et très murs», m’a confié un des directeurs export de Concha y Toro.

Les domaines viticoles chiliens sont gigantesques. Ici, Errazuriz.

Heureusement ils sont de plus en plus nombreux à penser autrement, comme l’éternel Marcello Retamal, qui a été étiqueté de la catégorie des hurluberlus quand il a décidé d’éliminer les barriques de chêne chez De Martino! Il en avait marre de produire des vins moulés pour la clientèle américaine. Je vous reparlerai plus spécifiquement de lui dans une chronique future. Il vaut le coup.

«C’est impossible d’opérer une petite production qui sera rentable au Chili. Nos vins ne se vendent pas assez cher. Alors il faut faire du volume. Mais on peut bien le faire», explique pour sa part Felipe Ramirez, œnologue chez Nativa, une propriété de 200 hectares certifiés bio, appartenant au géant Carmen.

«Avec nos 200 hectares, nous sommes petits», déclare-t-il. Comparaison ici : en Bourgogne, l’exploitation moyenne fait neuf hectares…

Quand on regarde ce que font dans la vie les quelques rares très petits producteurs du pays, on a tendance à le croire. Deux exemples me viennent en tête. Antiyal, à Maipo (disponible au Québec en importation privée chez www.trialto.com ) et I-Wines (importation privée chez http://symbiosevins.com ). Le premier est la propriété d’Alvaro Espinoza, un de grands œnologues du pays, précurseur de la biodynamie en cette contrée. Le deuxième appartient à Irène Paiva, à Curico. Tous deux peuvent se permettre cette fantaisie grâce à un solide boulot d’œnologues consultants pour plusieurs grandes maisons. C’est ce qui les fait vivre.

Mais heureusement, parmi tous ces géants, plusieurs ont le souci du travail bien fait, et réussiront à nous donner des vins savoureux. Je pense à Émiliana, le plus grand domaine certifié bio du monde, avec ses 1100 hectares. À Nativa, dont je parlais plus haut. À De Martino et son œnologue complètement déjanté. À Chocalan ou même Cono Sur.

On assiste même à l’émergence de grands vins prétendant vouloir tenir tête éventuellement aux crus classés bordelais, et qui se vendent à des prix astronomiques. Certains ont selon moi le potentiel pour y arriver.

Mais voilà une foule de sujets dont je vous parlerai dans les prochaines semaines. Car plutôt que de vous énumérer (et vous endormir) ici avec des dizaines de recommandations de vins, j’irai de quelques palmarès par catégories que je vous égrènerai au fil des semaines à venir.

Je commence ici avec mon top-5 des assemblages bordelais à prix raisonnable, des vins reposant donc sur le cabernet sauvignon ou le merlot, la carménère ou le cabernet franc.

De Martino, Legado Reserva Cabernet-Sauvignon, Maipo 2010, Code SAQ : 00642868, 16,80 $

De Martino fut une de mes visites coup de cœur du Chili, grâce à Marcello, l’œnologue en chef, un énergumène qui détonne dans une si grande maison. Le seul vin de la maison disponible en SAQ (d’autres le sont en importation privée) est ce cabernet, hélas presque introuvable aujourd’hui, mais qui devrait être de retour, alors surveillez-le ! Sans être spectaculaire, il est un modèle de ce qui se fait de mieux au Chili. Un beau vin sentant bon le fruit noir et le tabac, aux saveurs de cerises noires macérées dans l’alcool, et doté d’une belle fraîcheur. Pas complexe, mais bien fait, digeste, et très abordable !

Nativa, Cabernet sauvignon reservea, valley Central, 2009

Le seul vin du palmarès d’aujourd’hui non disponible en SAQ. Je vous en parle tout de même parce que dans les cabernet sauvignon à moins de 30 $ dégustés au Chili, il fut mon préféré. Situé dans la vallée de Maipo, la première au sud de Santiago, c’est le premier domaine du pays à avoir été certifié entièrement biologique. Ce cabernet 2009 présente un nez de cassis et de cardamome. La bouche est toute en fraîcheur et en minéralité. Des notes de fruits des champs, noirs et rouges, des tanins souples et une agréable fraîcheur. Je vous en parle car Nativa a déjà un importateur ici, et on trouve d’ailleurs son chardonnay en SAQ. Ce cabernet, s’il aboutissait chez nous, se détaillerait aux environs de 14 $. J’espère que son importateur lira bien ceci…

Felipe Ramirez, oenologue chez Nativa.

Hacienda Araucano, Clos de Lolol, Valle de Lolol 2008, Code SAQ : 10689868, 24,05 $

Hacienda Araucano est le projet chilien du géant bordelais François Lurton, qui est présent dans cinq pays. Avec ses 43 hectares de vignes dans la vallée de Colchagua, en conversion vers la biodynamie, il fait figure de nain parmi des compétiteurs en possédant des milliers. Qu’importe quand les vins sont bons ! C’est le cas chez Lurton, installé dans le village de Lolol, une des zones les plus fraîches de la torride Colchagua avec ses brumes océaniques matinales. Le Clos de Lolol est un assemblage de cabernet sauvignon, carménère, cabernet franc et syrah dont les proportions varient selon les millésimes. Un nez de bleuet et de chocolat à la menthe. La bouche est puissante, élégante, faite de prune, de réglisse et même d’un peu de cacao. Les tannins sont serrés mais sans dureté.

Vina Chocalan, Gran Reserva Blend, Vallée de Maipo 2007, Code SAQ : 11447588, 27,50 $

Cette jeune et ambitieuse maison familiale de Maipo produit des vins de charmeurs mais manquant parfois d’une harmonie et d’une personnalité que le temps forgera, souhaitons le ! Mais cet assemblage de cabernet franc, syrah, cabernet sauvignon, malbec, carmenère et petit verdot est de belle facture avec son nez de bleuet et de cassis un brin poivré. La bouche est sur des fruits noirs légèrement confits, des épices et des fines herbes. Un vin plus gourmand que fin, encore un peu trop marqué par le bois. J’ai préféré le 2009, plus élégant, que nous verrons probablement passer chez nous un jour!

Les vignes de Chocalan.

Arboleda, Cabernet-Sauvignon, Valle de Aconcagua 2009, Code SAQ : 10967434, 19,65 $

Propriété d’Eduardo Chadwick, qui possède aussi Errazuriz, Arboleda se fait plus discret. On y travaille bien, dans le respect de l’environnement. On laisse des boisés au cœur du vignoble pour préserver la vie animale. Une pratique à la mode au Chili. Son cabernet sauvignon offre un nez de prune, mais surtout d’épices, le cari étant ce qui m’a sauté au nez. La bouche est étoffée, proposant un beau fruit délicat, une agréable fraîcheur et des tanins bien structurés. Un beau cabernet passe-partout.

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Une réponse "

  1. Très beau reportage sur le Chili. Ça donne le goût d’y aller.

    Claire

    Réponse

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