Flux RSS

Le Bench, la plus belle expression du terroir de Niagara

Paul Pender, de Tawse, parle avec ferveur d'agriculture biodynamique.

Voici la deuxième partie de mes aventures printanières dans la péninsule de Niagara, auparavant publiées sur Rue Frontenac. Toujours actuel!

Bonne lecture!

VINELAND – Je vous ai récemment parlé des vins de Niagara, et d’un week-end complètement déjanté auquel j’ai eu la chance de participer en compagnie d’une quarantaine de bloggeurs passionnés de vin pour découvrir ces vins de chez nous, le Taste Camp.

Dans ce premier tome du reportage je vous parlais essentiellement de la région de Niagara-on-the-Lake, NOTL pour les intimes. Je vous parle aujourd’hui de l’autre grande région viticole de Niagara, le Bench qui, comme son nom une fois traduit le laisse deviner, est une longue pente, pas très haute, faisant face au nord en longeant le lac Ontario entre les villes de Sainte-Catharines et Hamilton.

Une bonne partie des domaines ont planté leurs vignes sur cette pente bien drainée, aux types de sols très variable, qui traverse notamment les villages de Beamsville, Jordan et Vineland. Les cépages y réussissant le mieux selon moi sont ceux de régions fraîches : chardonnay, riesling, pinot noir, cabernet franc. Quoiqu’on y trouve de belles surprises au-delà de ces quatre vedettes.

Si quelques domaines de NOTL m’ont séduit, j’ai eu en général une nette préférence pour les vins du Bench, plus fins, plus frais, aux saveurs plus pures. Comme si ces vins nous racontaient plus que les autres le terroir d’où ils proviennent.

Coups de cœur

Attachez donc vos tuques, c’est une déferlante de coups de cœur qui suit. Évidemment, ces vins ne sont hélas pas tous disponibles chez nous et je crois que le meilleur moyen d’apprécier les vins de Niagara, c’est d’aller y passer un week end. Mais je préciserai ceux qui sont trouvables au Québec.

Autre suggestion, le restaurant DNA dans le Vieux-Montréal offre une superbe sélection de vins canadiens, dont plusieurs de ceux dont je parle ici et qui ne sont pas faciles à trouver.

Thirty Bench Wine Makers

Les trois cuvées de riesling que j’ai dégustées se démarquent des nombreux vins issus de ce cépage bus au Taste Camp. Le Triangle 2009, son nez pétrolé, sa matière croquante de pomme verte, son acidité, et pourtant, un petit côté doucereux.

Le Steel Post 2009 affiche une intense minéralité, un goût de rhubarbe. Le Wood Post 2009 est, comme le premier, pétrolé au nez, mais en bouche, voit s’ajouter au croquant de la pomme un petit côté épicé vivifiant.

De superbes vins, bons maintenant mais dont l’acidité mordante laisse présager un grand potentiel de garde. À 30$ la bouteille, chaque gorgée vaut chaque dollar dépensé.

J’ai aussi eu la chance de me taper une verticale de cabernet franc, 2005 à 2008, de la même maison. Tous superbes, peu empreints de ce goût de poivron vert très prononcé qui m’agace parfois en ce cépage surtout présent en Loire. Du fruit noir, une belle rondeur, des épices, un degré de fraîcheur variant selon les années. 2007 est mon favori.

Clos Jordanne

L’ambitieux projet du géant Vincor de créer en Ontario un domaine produisant des vins haut de gamme de chardonnay et pinot noir, cultivés et vinifiés selon la tradition bourguignonne, résulte en des vins parmi les plus élégants produits – en agriculture biologique – au Canada.Même si les blancs sont à mon avis – contestable selon vos goûts évidemment – trop boisés.

Le Montréalais Thomas Bachelder a cédé les rennes de la propriété de Jordan au jeune Français Sébastien Jacquey pour se consacrer à un autre projet.

Les pinots de la maison sont toujours irréprochables. Le 2007, année solaire, de la parcelle Talon Ridge, affiche un agréable nez de petits fruits rouges et de sous-bois. La bouche est élégante, puissante, épicée.

Le Claystone Terrace 2008 est plus croquant, plus frais, sur les petits fruits des champs acidulés. Plusieurs vins du Clos Jordanne sont à l’occasion disponibles en SAQ.

Tawse Winery

Une des visites les plus intéressantes du Taste Camp fut celle de cet imposant domaine dont les installations ont sûrement été érigées à grands frais. Le chais, par exemple, est bâti en forme d’escalier afin que le vin, entre chaque étape de sa production soit transféré d’une cuve à l’autre ou vers les barriques par gravité, sans utilisation de quelque système de pompage que ce soit.

Le proprio, Paul Pender, nous a entraînés dans une marche à travers les vignes pour nous entretenir des bienfaits de l’agriculture biodynamique. Certaines de ses cuvées en possèdent maintenant la certification.

Question de nous faire comprendre la variété des sols de son domaine, il nous a ensuite fait déguster à l’aveugle ses deux meilleures cuvées de chardonnay 2010, Robyn’s Block et Quarry Road. Le premier est marqué par des parfums d’ananas confit, de noix de coco et de beurre, à la matière onctueuse et ample. L’autre, plus minéral, épicé, aux saveurs de noisettes.

Presque tous les vins de Tawse sont irréprochables. Les meilleurs chardonnay goûtés à mon avis, de grands pinots et, à des niveaux plus abordables, des riesling et gewurztraminer très équilibrés, sans lourdeur causée par les sucres résiduels.

Quelques produits disponibles ici. Mes coups de cœur du lot, chardonnay Robyn’s Block 2008 et pinot noir 2007 pour la cave. Et le riesling 2002 pour tous les jours.

Un pur délice...

Vineland Estates Winery

Le winemaker de Vineland Estates, Brian Schmidt, produit sur le vignoble de St. Urban parmi les meilleurs rieslings que j’aie dégustés, d’ici ou d’ailleurs dans le monde. Et surtout, une des particularités de la maison, elle conserve certains vieux millésimes qui prouvent qu’il est possible au Canada de produire de grands vins de garde.

Ainsi Brian a ouvert pour nous un riesling du millésime… 1989! Un nez pétrolé, de feuille d’érable séchée. Une bouche sur le miel et le beurre, et une acidité toujours présente. Décidément un vin qui a encore du coffre.

À la boutique, j’ai acheté les millésimes 1992, 1994 et 1996 pour 25$ la bouteille, une aubaine considérant l’âge et la rareté du produit. Les plus jeunes vins, qu’ils se déclinent en version sec, demi-sec ou moelleux, sont tous délicieux.

Hélas ce ne sont selon moi pas les meilleurs vins du domaine qui sont disponibles ici. Ils ont tout de même l’avantage d’offrir un rapport qualité-prix correct.

Au fond de sa cave, Paul Pender conserver de très jolis vieux riesling...

Rosewood Estates

Ce jeune domaine est à surveiller. Un 100 % sémillon 2009, chose rare, croquant, minéral, aux parfums d’agrumes, très agréable et vendu aux environs de 17$. Mais encore, un des meilleurs cabernets franc dégustés à Niagara. Nez sur les petits fruits noirs murs et les épices. La bouche est tout en finesse, vivifiante.

Autre savoureux produit de la maison – qui séduira peut-être difficilement les Québécois ais-je fais remarquer à la blague aux proprios – est le merlot Johnny Bower. Superbe merlot au nez de cuir, de marc de café et de prune, mais avec pour étiquette une image du légendaire gardien de but des Maple Leafs de Toronto en pleine action… Semble-t-il que ce vainqueur de la coupe Stanley dans les années 1960 a un faible pour ce cépage…

Flat Rock Cellars

Ce domaine aux grandes ambitions, érigé à très grand frais, et son hyperactif et sans complexe président, Ed Madronich, m’ont semblé au premier abord bien tape à l’œil. Mais les vins, surtout les pinot noir, se sont montrés à la hauteur, surtout pour le prix.

Pour 20$, le 2009 présente un nez fumé, minéral, aux arômes de petits fruits rouges acidulés et de rose. La bouche tout en fruit, fraiche, aux tanins soyeux, complète un ensemble sans reproche.

Du même cépage, la cuvée Gravity 2009 gagne en élégance, en puissance et en complexité. Très joli vin. Une originalité de la maison : la cuvée The Rogue 2009, un blanc de noir. En clair, du pinot noir éraflé et donc élevé sans contact avec les peaux des raisins. Ce qui donne un jus blancs, comme on le voit souvent en champagne. Le nez est beurré et floral, la bouche, opulente et malgré tout fraîche, sur la poire et la pêche. La maison produit également de très bons mousseux.

Les vignes de Flat Rock.

En vrac

J’énumère ici quelques domaines dont les produits ne sont pas moins intéressants que les précédents, mais auxquels j’ai eu moins le temps de m’attarder

• Hidden Bench : pour son pinot noir 2008 de facture très classique, très bourguignonne. Un nez de cerise noire et de terre humide, une matière en bouche bien fraîche, fruitée, épicée, minérale et des tanins plutôt bien structurés.

• Kacaba Vineyards : peu de vins à 100 % de syrah à Niagara et celui-ci m’a ravi. Syrah 2008, nez de prune, très poivré, aux parfums de lavande et autres fines herbes. En bouche, cassis, prune, poivre. Frais, élégant, long en bouche.

• Fielding Estate Winery : pinot gris 2010 au nez de pivoines et à la bouche sur la poire, la mangue et la pêche blanche. Et une belle acidité pour équilibrer le tout.

• Malivoire : beaux chardonnay et pinot, mais j’ai été impressionné par leur gamay fruité, épicé, sans prétention et rafraîchissant.

• Creekside Estate Winery : une longue liste de produits, mais je les retiens pour leur superbe Meritage (assemblage bordelais) qui fut mon favori du Taste Camp, et sur une note originale, un malbec droit et pur.

• 13th Street Vineyard : mousseux issu de la méthode traditionnelle à base de chardonnay et de syrah, et un gamay noir épicé, gouleyant, à boire sans soif.

Du côté américain

Je passé plus rapidement sur le côté américain de la rivière, où quelques domaines plus modestes et beaucoup plus jeunes produisent des vins intéressants, mais qui dans la plupart des cas, nécessiteront encore quelques années d’apprentissage et de perfectionnement de la part des vignerons pour maîtriser leur art.

Deux noms à retenir essentiellement, Arrowhead Spring Vineyards qui produit des malbec et syrah d’une grande élégance. Puis Freedom Run Winery et ses séduisants cabernet franc, mais surtout le pinot noir dont elle tente de se faire le leader dans la région. Nous avons d’ailleurs eu droit à une intéressante dégustation comparative de plusieurs cuvées de pinot, dont une issue de fermentation sur levures indigènes permettant les plus beaux espoirs pour les vins de cette maison.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :