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Niagara, de terre promise à terre (presque) mature

Publié le

Écrit par David Santerre

Si elle vole de ses propres ailes depuis quelques temps seulement, la Bande des vins existe tout de même depuis deux ans et demi. Aussi en profiterons-nous à l’occasion pour publier de nos articles ayant initialement mise en ligne à la belle époque de Rue Frontenac. C’est ce que je fais aujourd’hui en reproduisant la première partie du récit d’une récente virée complètement folle dans la région de Niagara. On fait de très bons vins au Canada. Mais au Québec, on n’en sait pas tellement là-dessus, puisque dans nos succursales du monopole d’État, l’offre de produits ontariens, de Colombie-Britannique, et même du Québec, est sans commune mesure avec l’effervescence de cette industrie.

Bonne lecture! Et revenez lire la seconde partie dans un jour ou deux!

Un joli mur de bouteilles de mousseux, dans la cave de Hillebrand Estates Winery

Folle virée à Niagara-on-the-Lake

J’ai récemment eu la chance de passer trois journées à rencontrer des dizaines de vignerons et déguster au moins 250 vins de la magnifique région viticole de Niagara en compagnie d’une bande de fous furieux du vin qui, comme la Bande des vins, sévissent sur le Web.C’était la troisième édition du Taste Camp, une tradition initiée par Lenn Thompson du New York Cork Report qui souhaitait convier des « wine geeks » de la côte Est à venir découvrir sa région viticole, Long Island.L’événement a pour nom le Taste Camp North et regroupait une quarantaine de bloggeurs et chroniqueurs vins d’un peu partout dans l’Est de l’Amérique du Nord : Halifax, Québec, Ottawa, Toronto, Boston, New York, Indianapolis… Même Denver, au Colorado !

Devant le succès de l’événement, on a récidivé l’année suivante avec la découverte de la région des Finger Lakes, à l’ouest de l’état de New York. C’est là que quelques confrères ontariens et l’ami Rémy Charest de Québec, ont fait remarquer aux américains que de la vigne poussait aussi au nord.

Passage au nord

Ainsi naquit l’idée de passer au nord pour la troisième édition. Même si la dernière journée fut consacrée aux vins de Niagara du… côté américain de la rivière!

Si plusieurs américains ont été abasourdis de découvrir au Canada des vins d’une grande élégance, je suis convaincu que la plupart des Québécois le seraient tout autant. Avouons-le, nous ne connaissons chez nous rien aux vins d’Ontario, certains que nous sommes que notre grand pays de glace est bien trop froid pour produire de bons vins.

Et c’est une erreur.

Certains confrères ont conclu leur séjour en disant que la région était prometteuse. J’irais plus loin en disant que bien des promesses ont déjà été tenues.

On est évidemment loi des familles de vignerons depuis 15 générations que l’on rencontre souvent en Europe. Mais on trouve maintenant à Niagara des parcelles de vignes âgées de plus de 30 ans. Certains vignerons poussent l’audace jusqu’à inscrire la mention « vieilles vignes » sur leurs bouteilles.

Malgré son début de maturité, la région est encore marquée par cette folle effervescence d’une jeunesse refusant de se conformer à des règles trop strictes.

La vigne s'éveillait à peine après son hibernation, lors de notre visite en mai.

Tout est possible

Par exemple, en France, quand on pense à la bourgogne, on parle de pinot noir et de chardonnay. À Bordeaux, de cabernet sauvignon ou franc et merlot.

À Niagara, tout est possible. J’y ai dégusté des viognier, riesling, gewurztraminer, auxerrois, sauvignon blanc, vidal, savagnin, pinot noir, cabernet sauvignon et franc, merlot, malbec, syrah, gamay, petit verdot. Ouf! Et j’en oublie…

Mais si vous voulez mon avis, les cépages les plus réussis sont le chardonnay et riesling en blanc, et pinot noir et cabernet franc en rouge. Quoique trop rares, j’y ai aussi dégusté quelques syrah de très bon augure.

Pureté et élégance

Outre les dizaines de discussions animées avec les vignerons et les fous de vin participant à cette aventure déjantée, ce qui m’a le plus agréablement surpris de Niagara, c’est cette signature des vins du coin, qui n’est pas celle à laquelle on s’attend tous des vins du Nouveau monde.

Beaucoup de vins empreints d’une grande pureté, de finesse et d’élégance. Peu de surextraction, de bombes d’alcool confiturées et trop boisées.

Bien sur, j’y ai bu des vins quelconques qui m’ont laissé de marbre. Mais en général, du très beau travail de nos voisins ontariens.

Et beaucoup de beaux vins hélas difficiles à trouver au Québec. La SAQ les mets peu en valeur, et il faut se rabattre sur les importateurs privés pour les dégoter. Mais le mieux selon moi, c’est de partir un week-end à Niagara. Jetez un coup d’œil aux chutes, oubliez la ville, sorte de Las Vegas pour les pauvres, et attaquez l’arrière-pays, ses vignes et le lac Ontario, bien plus jolis!

Je vous parlerai ici de mes coups de cœur d’une des deux principales régions viticoles de la péninsule, soit Niagara-on-the-Lake (NOTL), qui comprend quatre sous-appellation, St.David’s bench, Four Mile Creek, Niagara Lakeshore et Niagara River.

Je vous offrirai bientôt le tome deux de cette virée, qui aura pour thème l’autre région viticole de la péninsule, le Bench, ainsi que les vins du côté américain de la rivière.

Les pionniers

Paul Bosc et son épouse, des Français natifs d’Algérie qui se sont amenés chez nous dans le but d’échouer un jour dans l’Oregon, Eldorado d’alors pour les cépages bourguignons, se sont toutefois accroché les pieds à NOTL au début des années 1970. Heureusement pour eux, et pour tous ceux qui les ont suivis.

Le travail de Paul Bosc, un des premiers vignerons du coin, sert aujourd’hui à tout le monde. Son étude des terroirs, ses multiples tests de cépages, ont permis à tous de progresser.

À l’ombre du Château des Charmes, bâti en 1994, poussent les vignes des Bosc : pinot noir, cabernet-sauvignon, cabernet franc, gamay, merlot, chardonnay, riesling, gewurztraminer, sauvignon blanc et savagnin, ce cépage du Jura français, qu’on utilise pour confectionner un superbe vin de glace.

Bref, un vrai laboratoire. Preuve qu’on expérimente toujours, Paul Bosc Jr. qui a repris le domaine de ses parents, a fait gouter aux tastecampers trois échantillons soutirés de barriques de sa grande cuvée, Equuleus 2010, un assemblage bordelais.

Un échantillon provenant d’une barrique neuve plus toastée, d’une barrique neuve moins toastée, et d’une barrique vieille de trois vins. À contre-courant, le collègue Charest et moi avons voté pour ce dernier, plus fin, plus élégant. Paul Bosc nous assure qu’il tiendra compte de ce vote dans l’assemblage final, avant la mise en bouteille…

Les vins du Château des Charmes sont pour la plupart de qualité irréprochable, sans toutefois sortir des sentiers battus. Et beaucoup de leurs cuvées sont disponibles en SAQ à prix tout à fait correct.

J’attire votre attention sur les cuvées Equuleus 2007, le Chardonnay St.David’s Bench 2005 croquant au bon goût de beurre et pêche blanche, le gewurztraminer floral, frais, pas trop chargé de sucre et le fabuleux vin de glace de riesling aux saveurs de chocolat blanc, de pâte de coing, de raisins secs et de mangue. Pas donné, mais un véritable canon!

Paul Bosc Jr expliquant le terroir de NOTL.

Un bio petit couple

Une des plus belles découvertes de ce week-end sont les vins d’un petit couple dont les moitiés œuvrent dans deux domaines différents de NOTL : Peter Gamble et Ann Sperling, deux des œnologues les plus en vue au pays.

Lui travaille au domaine Ravine, elle au Southbrook. Deux domaines pratiquant l’agriculture biodynamique mais possédant chacun leur signature propre. Des vins hélas seulement disponibles en Importation privée chez Trialto.

Les vins de madame m’ont fasciné par leur grande pureté et leur finesse. Ses blancs surtout, du simple petit sauvignon blanc de la gamme Connect, sentant bon la poire et la pêche, à mon favori, le chardonnay 2005 de la gamme Poetica. Avec son nez de beurre, de truffes blanches et de papaye, sa bouche complexe, ronde, avec des notes d’ananas confit, mais une belle fraîcheur, c’est la grande classe!

Du côté de Ravine, qui était l’hôte de la dégustation des deux domaines et du somptueux festin qui l’accompagnait – petits cochons braisés toute la journée durant sur le feu de bois –, le Merlot reserve 2007 m’a séduit, avec son nez de prune et de figue, sa bouche puissante, épicée, fraiche malgré tout, et longue à n’en plus finir.

Le riesling 2009 de Ravine est aussi délicieux. Fait à 20 % de raisins atteints de botrytis, il sent le pétrole, la poire confite et goûte la croustade aux pommes surettes.

En rafale

Voici en terminant, quelques bouteilles coups de cœur de NOTL, certaines disponibles au Québec à la SAQ ou en IP.

Stratus — Ce domaine aux idées qui peuvent paraître loufoques, comme produire une cuvée résultant de l’assemblage de 11 cépages (cabernets franc et sauvignon, merlot, pinot noir, gamay, syrah, sangiovese, tempranillo, tannat, mourvèdre, petit verdot), soit le Wildass rouge, produit aussi un blanc fort sympathique disponible chez nous, le Wildass blanc. Il s’agit d’un assemblage de chardonnay avec un peu de viognier, de gewurztraminer, de sauvignon blanc et de sémillon. Gras, opulent, il goûte bons les fruits tropicaux et conserve un bel équilibre. Un bon achat!

Charmant accueil chez Stratus!

Lailey — J’ai eu un coup de foudre, littéralement, pour les pinots noirs et chardonnay vieilles vignes de ce petit domaine dont on trouve les produits au Québec via l’agence Sélection caviste. Plusieurs inscriptions à des prix allant de 20 à 46 $, mais toutes, dans leur gamme respective, sont de très bons achats. Grandioses, les pinot noir et chardonnay vieilles vignes 2009. Le premier charnu, au fruit confit, des parfums de sous-bois et une belle minéralité. Puissant et élégant. Le chardonnay affiche une belle fraîcheur, un nez opulent aux arômes de beurre et de fleurs. La bouche est tendue, sur les fruits blancs et très minérale. De beaux flacons à oublier quelques temps en cave.

Les vieux pinots et chardonnays de Lailey, coups de coeur instantanés!

Coyote’s run — À la SAQ, nous ne trouvons que le Meritage (assemblage bordelais) de ce domaine de St.David’s Bench. Mais sur place, j’y ai goûté les pinot noir de leurs deux parcelles, Red Paw, composée d’argile rouge, et Black Paw, d’argile noire. Le deuxième plus puissant, plus complexe, avec ses saveurs de framboise et de cassis, m’a charmé le plus.

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